Le patron du Medef propose que plus aucune entreprise ne paie les trois premiers jours d’un arrêt maladie. Invité de BFMTV, le Dr Jérôme Marty, président de l’UFML-Syndicat, dit non, et explique pourquoi le débat est mal posé.
« On ne peut pas systématiser quand on parle de maladie »
Pour ou contre le déremboursement systématique des trois premiers jours ? « Contre, parce qu’on ne peut pas systématiser, on ne peut pas stigmatiser, on ne peut pas essentialiser quand on parle de maladie. » Le président de l’UFML-Syndicat rappelle d’abord une réalité que le Medef semble oublier : le maintien du salaire pendant l’arrêt dépend le plus souvent de conventions collectives, contrat par contrat, entreprise par entreprise. « Avant de dire “on va interdire”, il faudrait d’abord connaître son propre milieu. »
Les arrêts « de complaisance » : un fantasme sans chiffres
« On n’est pas malade par plaisir. Et il n’y a strictement aucune statistique, je dis bien aucune, sur les arrêts dits de complaisance. » Cette petite musique, dit-il, revient à chaque élection, chacun l’agitant avec ses intérêts propres, le Medef, le gouvernement, les défenseurs des patients. « Personne n’a les chiffres. Qu’on me donne une proportion, et on la regarde. Mais à un moment, il faut parler de science. »
Ce que l’on sait, en revanche : les arrêts augmentent, davantage chez les jeunes que chez les salariés installés depuis des années, et cela mérite qu’on s’y penche sérieusement.
7,5 millions de Français sans médecin traitant
Le fond du problème est ailleurs. « 7,5 millions de Français n’ont pas de médecin traitant. Ajoutez les millions d’autres qui en ont un mais ne peuvent pas le consulter en temps et en heure : à l’évidence, vous arrivez à des augmentations d’arrêts de travail, parce que la prise en charge des Français n’est plus compatible avec la qualité. »
Même diagnostic sur le « nomadisme médical » dénoncé par la ministre : « Si vous ne pouvez pas consulter votre médecin le jour où vous êtes malade, vous allez en voir un autre. Le nomadisme, c’est le prix des carences de notre système, dues à l’effondrement de notre système sanitaire. » Et quand la téléconsultation ne peut prescrire que trois jours, le patient dont la maladie en demande neuf voit trois médecins : c’est le système lui-même qui fabrique ce qu’il dénonce.
Le présentéisme, l’angle mort
Un salarié qui perd une centaine d’euros par jour d’arrêt ira-t-il travailler malade ? « C’est ce qu’on appelle le présentéisme, et ça existe. On ne parle jamais des gens dans la grande précarité : plus exposés aux maladies aiguës, ils ne peuvent pas se permettre de perdre le moindre argent. Contrairement à ce que certains désignent, ce ne sont pas les plus fainéants. » Sans oublier les artisans et les indépendants, « qu’il faut parfois brusquer pour qu’ils acceptent de s’arrêter ».
Faux arrêts en ligne : « Une plaie, il faut être extrêmement sévère »
Sur les faux arrêts vendus quinze euros sur les réseaux sociaux, la position est sans nuance : « Comme tout exercice illégal de la médecine, il faut aller très loin dans la lutte. C’est une plaie pour notre profession, et c’est dangereux pour les patients. L’arrêt de travail est un soin. Faire n’importe quoi avec, c’est comme laisser prescrire des médicaments par n’importe qui, n’importe quand. »