J’en ai assez.
Franchement.
Tous les jours je vois notre système de santé s’enfoncer un peu plus.
Rien n’est venu tout seul.
Les temps d’attente sur des brancards aux urgences, la perte de chance et la souffrance dues au retard de soin, à l’épuisement et à l’inconfort.
La difficulté à consulter un médecin en temps et en heure compatibles avec la qualité des soins, et ce sur tout le territoire.
La fermeture de services de soin, d’établissements hospitaliers privés ou publics.
Les plaques dévissées et non remplacées, et les inaugurations imbéciles de plaques France Santé qui ne créent aucun poste de soignant.
Et cette impression terrible de ne pouvoir arriver à faire face à la demande de soin, de ne répondre que partiellement…
Non, rien n’est venu tout seul…
J’en ai assez, assez jusqu’au dégoût de voir ce gouvernement cibler les patients, les malades, leur reprocher leurs arrêts de travail, leur maladie et son coût. Des médicaments qu’ils déremboursent, des franchises sur le soin qu’ils augmentent, et pendant ce temps des mutuelles et assurances privées qui tondent leurs cotisants et rendent toujours moins de cet argent au soin.
Tout ce petit monde protégé qui, sans aucun complexe, tourne le dos aux principes mêmes de l’assurance maladie. Dégoût.
T’es malade ? Tu paies la Sécu, tu paies ta complémentaire, tu paies ta sur-complémentaire, tu paies ton reste à charge, tu paies tes franchises sur le soin, et tu crèves sur un brancard.
Et en face de toi, des entreprises font des millions, des milliards sur le soin, sur toi, sans jamais avoir soigné le moindre patient, pendant que les équipes de soins s’épuisent, et ce avec la bénédiction et l’admiration des politiques.
Suis dégoûté de voir des patients qui n’ont pas de médecin, ou qui ont des médecins mais qui ne peuvent les recevoir, écrasés sous la demande de soin, épuisés souvent, démotivés parfois. Parce que le politique charge aussi les soignants : ils prescrivent trop et mal, ils coûtent trop cher, ils ne s’installent pas dans les déserts de tout que leurs politiques ont créés. Alors ils les menacent, ils les pénalisent, ils les obligent et les encadrent, ils les dégoûtent… et ils arrêtent… et le problème s’aggrave.
À l’hôpital public ou privé ou en Ehpad, les sous-effectifs sont devenus la règle parce que cette perte de sens, fille de vos politiques sanitaires, frappe tous les métiers du soin, et ceux qui restent font pour deux, pour trois, s’épuisent, se démotivent… et partent. Et le problème s’aggrave.
Vous la voyez, cette personne âgée apeurée sur ce brancard, vous, le responsable politique ? Souillée dans sa protection parce qu’elle n’a pu signaler qu’elle devait être changée, parce que dans ce couloir elle n’a aucun moyen de le faire, et qu’elle est si résignée, parce que le personnel soignant est dépassé et auprès d’autres patients, plus jeunes, plus urgents. En quelques heures elle va faire une escarre sacrée. L’escarre est ici liée au manque de soin, à cette obligation de moyens que nous avons tous et qui ne peut être ici respectée, et cette escarre, à cet âge-là, c’est parfois gravissime.
Cette personne âgée, c’est vous dans quelques années… L’âge frappera chez vous aussi, et si vous ne changez pas fondamentalement vos errements politiques et économiques, si vous ne cessez pas de vous tromper de priorité, ce sera vous dans ce brancard, c’est vous qui attendrez des heures, vous, souillé, qui aurez peur d’être oublié dans ce couloir…
Vous qui serez à cet instant ce malade trop coûteux qui ne peut être soigné avec tous les moyens et l’humanité dont son état relève. Vos erreurs se paieront cash, comme nombre de malades les paient aujourd’hui.
Dégoûté, oui, et le mot est faible.
Vous avez saccagé notre système de santé.
Je n’attends plus rien de vous. Je n’attends que des soignants, ils savent le soin, et des patients, ils vivent le soin. En médecine de ville, en médecine hospitalière privée ou publique, en médico-social, libérez le soin ! Libérez ces acteurs. Nous vous avons montré pendant la Covid, alors que vous étiez perdus, que nous savions faire sans vous, et de l’avis unanime des soignants, le sens était alors revenu.
Il y a bien des solutions, nous en avons tous. Malheureusement je n’ai aucune confiance dans votre capacité à oser les explorer, tant votre monde est coupé du réel, pire, tant votre monde pense construire à sa place.
Regardez bien ce brancard, c’est le vôtre !
Dr Jérôme Marty
Président de l’UFML-Syndicat