
Le 17 mars dernier, le Collège National des Sages-Femmes publiait un rapport proposant de confier 80 % des grossesses — dites ‘à bas risque’ — entièrement aux sages-femmes. Alors que le gouvernement a missionné trois experts pour réformer la périnatalité d’ici juin 2026, l’UFMLS tient à porter une position claire sur ce débat :
Un parcours de soins des femmes sans gynécologue-obstétricien référent est un parcours sans garantie de sécurité, sans cohérence médicale et sans efficience économique. Celui-ci doit être coordonné et non cloisonné, avec une vraie réflexion sur la constitution d’un maillage territorial utilisant tous les moyens actuels en termes de téléconsultation et télé-expertise, au centre d’un axe médicalisé.
Les données nationales sont sans ambiguïté : selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) entre 40 et 50 % des femmes consultent directement un gynécologue pour leur suivi. Ce choix massif n’est pas un contournement du système, mais un indicateur clair des attentes des patientes : un accès direct à une expert
ise médicale spécialisée. Réorganiser le parcours en orientant en première intention vers des professionnels non-médecins revient à ignorer cette réalité, avec un impact direct sur la qualité des soins.
La formation et le nombre des professionnels de santé
Le gynécologue-obstétricien est un médecin formé pendant plus de 13 années, capable de prendre en charge la complexité, l’incertitude et les situations évolutives. À l’inverse, la formation des sages-femmes en 5 ans (maintenant 6 ans), centrée sur la physiologie, ne permet pas d’assumer la responsabilité médicale des situations pathologiques ou potentiellement évolutives. Un Diplôme Universitaire (DU) est proposé pour les formations dites complémentaires (CNOSF) par l’Organisation Nationale Syndicale des Sages-Femmes (ONSSF)).
Actuellement sortent des facultés :
- 900 sages-femmes par an.
- 200 médecins gynécologues-obstétriciens.
- 80 médecins gynécologues médicaux.
Soit : 1 gynécologue-obstétricien pour 4 à 5 sages-femmes — 1 gynécologue médical pour 10 sages-femmes.
Les sages-femmes s’installent essentiellement en zones urbaines et périurbaines (Île-de-France, Provence-Côte d’Azur, Occitanie). Il existe aujourd’hui une augmentation significative de celles-ci en secteur libéral pratiquant la gynécologie dans un sens large, y compris des situations médicales complexes : endométriose, ménopause, infertilité, pathologie du col, échographies obstétricales et gynécologiques, avec une extension de la prise en charge du nouveau-né jusqu’à 28 jours et une extension dans la rééducation du périnée. La question n’est pas celle des métiers, mais celle du niveau de compétence adapté à la complexité des situations.
Un glissement aux conséquences médicales graves
Les évolutions récentes — notamment la mise en place du statut de sage-femme référente et les courriers adressés directement aux patientes par la CPAM pour les inciter à consulter une sage-femme référente — organisent de fait un premier recours non médical, mettant le gynécologue-obstétricien « hors de leur accès direct » avec un effet de réorientation des patientes vers d’autres professionnels.
Ce glissement introduit un tri initial sans expertise médicale complète, alors même que de nombreuses pathologies féminines — endométriose, infertilité, troubles de la ménopause — sont complexes, évolutives et nécessitent un diagnostic précoce. Le retard diagnostiqué de l’endométriose, estimé à près de sept ans, illustre déjà les limites d’un parcours mal orienté.
Ce modèle est risqué sur le plan médical et inefficace sur le plan économique. Il génère des consultations répétées, des examens redondants, des prises en charge tardives, augmentant mécaniquement les coûts. L’efficience ne repose pas sur la dilution des compétences, mais sur leur mobilisation au bon niveau, au bon moment.
En obstétrique, cette question est encore plus critique. 60% des décès maternels sont jugés évitables, le plus souvent en lien avec des retards de diagnostics ou des défauts de coordination. La mortalité périnatale est en hausse : depuis 2011, le taux de mortalité infantile a augmenté de façon continue, passant de 3,5 à 4,1 décès pour 1 000 enfants nés vivants en 2024, soit 2 700 enfants décédés avant un an (Insee). Dans un contexte de complexification des profils maternels, aucune grossesse ne peut être considérée comme durablement « à bas risque ». Un parcours sans référent médical clairement identifié fragilise nécessairement la sécurité des patientes.
Une distorsion d’équité et d’efficience
La valorisation financière de 50€ du statut de sage-femme référente apparaît comme une incohérence majeure. Elle pose d’abord un problème d’équité : la fonction de coordination et de référent est au cœur du métier de médecin spécialiste, exercée quotidiennement par les gynécologues-obstétriciens, sans reconnaissance ni valorisation spécifique. Elle crée ensuite une distorsion d’efficience : financer la coordination à un niveau de prise en charge limité à la physiologie revient à multiplier les intermédiaires, retarder l’accès à l’expertise et augmenter les coûts.
Autrement dit, le système finance la coordination là où elle ne peut pas être pleinement assumée, et ne la reconnaît pas là où elle est réellement exercée. Ce signal incitatif oriente le parcours vers un premier recours moins spécialisé, au risque d’augmenter les pertes de chance et les dépenses.
Ce qui est en jeu aujourd’hui est la responsabilité médicale. Un parcours de soins sans médecin référent est un parcours sans pilote. En santé, cela se traduit toujours par plus de risques et, à terme, plus de coûts.
Nos propositions
Il est nécessaire de réaffirmer un principe simple : la complexité doit être prise en charge au niveau de compétence adaptée.
L’UFMLS demande :
- L’introduction du gynécologue-obstétricien dans le carnet de maternité.
- La nomination du médecin gynécologue-obstétricien et gynécologue médical en tant que référent du parcours de soins.
- La fin de l’incitation actuelle d’adresser les femmes vers les sages-femmes pour « un suivi gynécologique tout au long de la vie de la femme, des premières règles à la ménopause » (site Ameli).
- Le respect de l’accès direct aux gynécologues et gynécologues-obstétriciens.
Groupe Gyn Obs PMA de l’UFMLS




