Les souhaits pour l’année 2018 d’Isabelle Luck, médecin généraliste libéral de secteur 1 à Agnès Buzyn

Isabelle Le Croarer Luck

Madame la Ministre, Chère Consœur,

En 2013, j’adressais en vain à votre prédécesseur Madame Touraine, le vœu que le ministère de la Santé accepte d’écouter et de redonner souffle et confiance au monde médical français désemparé.
Ces vœux venant du terrain sont restés sans réactions et depuis 5 ans, tout a même empiré. La loi Touraine qui a fait de la santé une fonction quasi régalienne de par son article 1, ne donne pas aux soignants les moyens d’exercer en sérénité, elle ne règle pas le problème crucial de l’accès aux soins lié à la pénurie de soignants. Les décisions politiques de ces vingt dernières années portent le risque de dégrader l’excellence de la médecine française et de précipiter les catastrophes sanitaires. Il est temps de réagir !

Durant ce nouveau quinquennat qui se veut, on l’espère, en marche également vers la préservation de la qualité des soins et vers la restauration de la sérénité des soignants, peut-être serez-vous, Madame, ne serait-ce que parce que vous être médecin vous-même, plus attentive que Madame Touraine à soutenir cet engagement au service des patients conforme à la déontologie des soignants ? Les soignants français réclament qu’on leur donne enfin les moyens d’exercer dans un climat de confiance et d’humanité, qu’on leur rende l’honneur et le respect qui leur ont été peu à peu ôtés ces dernières années, qu’on les remotive à exercer ces belles professions délaissées aujourd’hui par les jeunes, qu’on les écoute tout simplement !

La vision comptable de ces vingt dernières années, obnubilée par les économies de santé et la réduction de la dette sociale de la France, administre, contrôle, réduit et formate le soin. Elle prend le pas sur les valeurs du soignant tant hospitalier que libéral, elle pousse à des cadences effrénées, démotivantes et épuisantes, de plus en plus incompatibles avec une mission sereine, humaine et consciencieuse auprès du malade. Les contraintes et la dévalorisation de la profession de généraliste, pourtant au cœur du système de santé, est un repoussoir pour la jeune génération, elle voit ses rangs vieillir et fondre. Certaines spécialités ne sont pas mieux loties, comme la gynécologie, la psychiatrie, la pédiatrie…

Depuis 5 ans, les citoyens français sont de plus en plus inquiets devant les files d’attente qui s’allongent aussi bien à l’hôpital qu’en cabinet, dubitatifs devant ces déserts médicaux qui s’étendent dans un pays dit développé, les valeurs de solidarité de notre sécurité sociale sont en péril devant la marchandisation du soin dont le profit enrichit davantage les financiers que ceux qui le dispensent.

En 5 ans, se sont aggravés la baisse démographique des soignants, la charge croissante de leur travail sans valorisation de leur dévouement, la paupérisation des honoraires à moitié des tarifs européens, le nombre d’incivilités et d’irrespect envers les médecins, les burn-out et les suicides dans ces professions qui n’ont plus les moyens de soigner selon leurs valeurs.

Ces 5 dernières années enfin, la profession n’a cessé d’être la cible des politiciens relayés par les médias, avec des phrases assassines la rendant fautive des difficultés d’accès aux soins, la discréditant, et proposant des avis irresponsables ou des injonctions de faire toujours plus avec encore moins. Elle a subi de la part de l’Assurance maladie des contrôles indécents pour suspicion de délit statistique, impuissante devant le droit pour les assureurs d’être, dans des tribunaux d’exception, juge et partie sur des décisions médicales individuelles. Elle regrette ce rôle qui outrepasse les compétences d’un assureur et qui rejette sur les seuls professionnels du soin la responsabilité de la gestion des cotisations des Français.

Votre challenge de Ministre de la santé est immense : redonner espoir à une génération sacrifiée de soignants et à sa relève, qui depuis 30 ans a encaissé ce qu’aucune profession n’aurait toléré !

Seul le dévouement d’une telle profession explique cette passivité, allié à l’aveuglement d’un syndicalisme dépassé et d’un autoritarisme administratif démesuré. Pourtant, les solutions existent dans les territoires et elles sont à votre portée pour inverser la vapeur, Madame la Ministre : les professionnels de santé vous souhaitent une année 2018 à leur écoute pour enfin sortir au plus vite de cette crise sanitaire.

 

Docteur Isabelle Luck, membre de l’UFML

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2 Commentaires
  1. Lamarche-Arene 11 mois Il y a

    Quelle lettre magnifique ! Merci à notre consœur

  2. Grange christine 11 mois Il y a

    C est tres bien ecrit , tres bien pensé . Merci , chere consoeur

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