Etudiants, internes, jeunes médecins : ce texte s’adresse à vous !

Dominique Thiers Bautrant

par le dr dominique thiers-bautrant, vice présidente l’ufml

Dominique Thiers Bautrant

Face au changement de paradigme que cette loi – et d’autres mesures avant elle – tente d’imposer au monde médical ainsi qu’à l’ensemble des soignants, étudiants, internes, jeunes médecins ont su se mobiliser, s’interroger, appréhender ce qu’au delà des mots et des professions de foi officielles, ces textes impliquaient, avec le sens des responsabilités inhérent au métier.

Pas seulement à propos de leur exercice contemporain, aussi fugace dans une vie que la jeunesse elle même, mais à propos des modes d’exercices futurs, des valeurs fondamentales du métier, de la nature de la prise en charge des patients, de la qualité des soins que l’on se doit de leur apporter.

C’est ainsi que le danger de la LOI sur les réseaux de soin proposée par monsieur Le Roux, ne leur a pas échappé, ainsi qu’à l’UFML, alors que nombre de “seniors” y voyaient une solution finalement pragmatique pour un travail d’équipe coordonné.

Et si le mode d’exercice libéral de type forçat de la médecine ne séduit plus, c’est aussi parce que la jeune génération en a bien saisi l’aspect esclavagiste. Esclavage consenti, mais esclavage néanmoins.

Et si la sous dotation médicale de certaines régions ne peut qu’interpeller, les mesures coercitives à l’installation les révoltent : les plus anciens, qui savent le parcours d’un jeune médecin, la difficulté de ce métier, la quête non du diplôme mais de l’expérience, le don de soi qu’il nécessite, comprennent aisément ce rejet, à l’inverse des technocrates qui planchent sur des cartes géographiques armés de calculettes et autres tableurs.

En revanche, l’exercice en Maison de Santé Pluridisciplinaire les séduit, sous certaines conditions, car évite l’isolement des médecins en cabinet, permet un service rendu de qualité à la population, tout en libérant les praticiens des contraintes et charges inhérentes à l’entreprise libérale : recherche et aménagement de locaux, embauche de personnel, contraintes financières de fonctionnement etc…

Entre rejet du vieux modèle et refus du nouveau, j’imagine que pour les observateurs extérieurs, “le jeune médecin” est une entité bien difficile à cerner, que chaque protagoniste de ce conflit historique entre Etat et soignants se targue de comprendre et assister …

Qui sont ils vraiment, à rechercher un mode d’exercice grégaire tout en défendant bec et ongles leur indépendance, à réclamer la récupération de gardes mais prêts à en découdre si on impose le TPG ?

Les jeunes ont parfaitement saisi les enjeux de la médecine de demain et savent que le système actuel ne pourra les aborder mais leurs combats montrent leur détermination à préserver les valeurs fondamentales du métier, telles que l’indépendance professionnelle, la déontologie, garantes de la qualité et la dimension humaine des soins prodigués au patient, sans pérenniser les erreurs, défaillances et excès du système précédent.

Nous en sommes tous là.

A une différence prés : les représentants des jeunes médecins viennent de faire le choix de l’immédiateté de quelques avantages grappillés au détriment de l’avenir, et cela est grave et inattendu, au regard de leurs luttes précédentes et de la clairvoyance que nous pouvons légitimement leur accorder.

Est ce une décision unitaire, une stratégie, une pause momentanée dans le combat ?

Suspendre le mouvement de grève, c’est accepter l’article 1 qui place la santé de chacun sous la responsabilité de l’état. Une des premières applications immédiatement visible est la proposition de prélèvement d’organes sans consentement exprès.

Suspendre le mouvement, c’est accepter la double gouvernance de la chaine complète du soin par d’une part les agences d’état et leur dogmatisme niant l’expertise, d’autre part les organismes financiers privés dont il est acquis à présent qu’ils prendront en charge le progressif désengagement de la sécurité sociale devenu inéluctable au regard de l’incurie de sa gestion.

Suspendre le mouvement, c’est accepter le renoncement au Secret Médical, dont d’aucuns interrogent déjà la légitimité, là encore l’actualité récente en fait l’illustration. Face au pragmatisme consumériste des lois de marché, en l’occurrence l’indemnisation des victimes, que pèsent les valeurs déontologiques ?

Suspendre le mouvement c’est accepter de perdre la main sur ses pratiques, ses rémunérations, sa carrière, sans avoir aucune des garanties de revenus ou de protection sociale des salariés.

Suspendre le mouvement c’est accepter la mort par asphyxie du secteur libéral, sans alternative, pour exercer un métier durement appris, qu’être salarié, soit en CDI, soit en CDD, avec le spectre du chômage dés que le Numerus Clausus réaugmentera et ce sera le cas, car le marché, pour l’instant, n’est pas assez favorable aux assureurs…

Suspendre le mouvement, c’est faire confiance aux seuls pouvoirs de la technocratie et de la finance pour gérer l’avenir de la profession et la santé des français. Les différents scandales qui se succèdent montrent à quel point l’état et ses agences aussi peuvent être défaillants.

Le dilemme est simple, quoique douloureux.

Accompagner la volonté politique d’un pouvoir en place qui propose une réforme certes nécessaire mais sous tendue par une idéologie sourde et aveugle aux impératifs de nos métiers, ou résister.

Résister envers et contre tout, au chant des sirènes de la sécurité et de la justice sociale, aux imprécateurs rêvant de voir enfin l’ensemble des médecins aux ordres du politique, aux objecteurs de conscience qui voudraient voir revenir les temps obscurs des sacerdoces silencieux.

Résister par la sensibilisation des organes syndicaux qui décident au nom de leur base, même si elle continue de manifester son mécontentement et surtout si elle ne le fait pas.

Nous savons tous, chacun des responsables politiques le sait, que cette Loi n’est pas une réforme profonde, qu’elle manque ses objectifs par une précipitation à traiter les enjeux sur un mode idéologique, mais réussira à déconstruire la Médecine, pour la réduire à un domaine économique comme un autre, le soin devenu un produit comme un autre.

Il n’y a pas d’âge ni de statut pour refuser cela, tous les médecins devraient être debout.

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