Système de santé, essayer la confiance…

Système de santé, essayer la confiance…

« Chez près de la moitié (45 %) des 3 000 gynécologues (médicaux et obstétriciens) exerçant dans les cent  plus grandes villes de France, il faut payer au moins 60 euros pour une consultation standard, soit le double du tarif « Sécu » ». Ce tweet de Luc Bronner, journaliste du quotidien « le Monde », en lien avec un article sur les tarifs des gynécologues à Paris 
a entraîné cette réponse du Dr Atul Patak : «Ramenez cela à un taux horaire sur 24 h, garde incluse, rajoutez une pincée de pénibilité, une once de responsabilité (risque maman/ bébé), les frais d’avocats (plus en plus de procès), une activité qui dépend de la natalité (qui baisse), la féminisation, une envie de vivre autrement que 90 h au boulot = 60 euros ».
Et une explication de votre serviteur :
C’est chez l’ensemble des médecins que le tarif de base devrait être de 60 €. Pour information, certains actes de chirurgie n’ont pas été revalorisés depuis 20 à 30 ans, la consultation du généraliste elle, était en 1983 à 75 F soit 11 €, soit en euro constant 22 € !
Depuis 20 à 30 ans, les professions se sont complexifiées, en chirurgie les assurances professionnelles ont vu leurs tarifs exploser, face à la judiciarisation.
La démographie médicale s’est effondrée avec un vieillissement de la profession (âge moyen de 55 ans chez les spécialistes, de 53 ans chez les MG, et 47 % des médecins généralistes ont 60 ans ou plus).
Les jeunes médecins issus des facultés mettent près de 10 ans pour s’installer, au regard des difficultés de l’exercice.
Les charges ont sans cesse augmenté.
Les gouvernements successifs, loin de comprendre qu’il fallait revaloriser l’acte à hauteur de la moyenne européenne, ont bricolé ,se lançant dans une véritable
procrastination politique, qui créant des forfaits ( ROSP), qui des primes, qui des subventions contre engagements à respecter des indicateurs, des protocoles, des procédures, dont le but était ( est) d’abord économique, fuyant leurs responsabilités.
Oui leurs responsabilités !
En liant les tarifs des professions soignantes à l’état économique du pays par l’Objectif National des Dépenses d’Assurances Maladie, ils ont fabriqué LE MONSTRE.
À partir de là, toutes les décisions de politique sanitaire visaient à respecter l’ONDAM.
On a créé les ARH, puis les ARS , l’ANDEM puis L’ANAES puis la HAS, on a multiplié les agences de tout, fait encadrer les pratiques des médecins par des non-médecins, des non-soignants.
On a donné le pouvoir à l’administration, et dénié toute responsabilité de gouvernance aux mains qui soignent.
Après avoir décidé que le médecin était coupable de dépenses, on a diminué leur nombre par la baisse du numerus clausus, et la création de prime au départ anticipé en retraite, sans jamais étudier l’avenir, sans évaluer les besoins au regard du vieillissement de la population, de son augmentation. Sans appréhender les modifications en cours telle que la féminisation de la profession et l’abandon de pans entiers du territoire par une politique centralisatrice.
On a regroupé les centres hospitaliers pour masquer l’abandon organisé des Centres Hospitaliers Généraux par les mêmes qui ont organisé et géré la pénurie de médecins, on a baissé les tarifs des établissements privés et favorisé leurs regroupements, on a désaménagé le territoire !
On a créé d’un côté des hôpitaux-usines et de l’autre des méga-cliniques aux mains de fonds de pension.
Dans les deux cas on a justifié cela par la qualité des soins… Mon cul !
On a oublié les mains qui soignent et loin de faciliter leur exercice, on l’a complexifié, alourdi.
On a multiplié les strates de commandement administratif, augmenté toujours le pouvoir du non-soignant, sans jamais prendre conscience de la place centrale de celui qui soigne ni de la hauteur de la valeur de ses actes.
En ville comme en établissement, les soignants se sont vus toujours plus encadrés par les : DGOS, ARS , HAS, CNAM, CPAM , et j’en passe …
On a mesuré leurs exercices, fléché leurs pratiques, soumis leurs professions à des injonctions paradoxales permanentes, on a créé de l’épuisement et du doute, augmenté les burn out, multiplié les drames, fabriqué de la pénurie.
Et, loin de réaliser après 30 ans de déconstruction de notre système qu’il faut changer de logique et de logiciel, on l’accentue encore, Stratégie Nationale de Santé après Stratégie Nationale de Santé.
On annonce toujours plus évaluer, mesurer, auditer, certifier, ceux-là même dont on étouffe l’exercice.
Toute l’erreur tragique de la politique sanitaire française est là : avoir lié les pratiques médicales , les tarifs et les rémunérations des soignants à l’état économique du pays, alors que la crise est endémique depuis plus de 30 ans à force d’échecs politiques.
Ainsi, depuis plus de 30 ans, on déconstruit notre système de soin.
Pourtant des solutions existent …
Elles demandent du courage politique:
▪️Revoir totalement la gouvernance du soin pour une vraie démocratie sanitaire où Soignants élus par la profession, représentants des Patients et Administration sont à égalité de pouvoir avec droit d’opposition, modèle à reproduire à chaque niveau de pilotage du système jusqu’au sein des établissements de soin
▪️Briser le lien rémunération – ONDAM et cesser ainsi de rendre les professionnels du soin responsables et coupables des conséquences de la gestion économique du pays
▪️Rattraper la moyenne européenne pour les tarifs des professionnels du soin
▪️Préparer avec les professionnels la révolution technologique et scientifique qui va s’imposer au système, l’intégrer dans les facultés sous l’angle technique, sanitaire, philosophique, économique, politique. Rendre ainsi les soignants maîtres de l’outil et non outil des maîtres qui s’imposent par leur avancées technologiques et leur capacité d’organisation et de gestion de l’avenir ( GAFA et autres BATX…). Garder à l’esprit qu’un médecin n’a pas vocation à obéir.
▪️Protéger le soin de la financiarisation et de l’étatisation, diriger le soin par l’intérêt du soin.
▪️Sacraliser les valeurs médicales : Secret médical, individualisation du soin, déontologie, indépendance.
▪️Réaménager le territoire en favorisant la proximité, non pas en fabriquant des populations « sous -traitées », soignées par des écrans, mais en construisant une médecine égalitaire et une égalité devant la médecine, l’écran étant une aide au praticien et non son remplacement définitif.
▪️Donner aux médecins la possibilité de créer de l’emploi et de développer une pratique professionnelle moderne et de qualité , par une tarification juste et non par des subventions et un carcan administratif.
▪️Cesser la course folle vers la centralisation, l’hôpital usine qui régente tout, et faire de chaque soignant un investissement pour l’avenir aux commandes de structures et de pratiques adaptées à la médecine moderne ( préventive et prédictive) et aux nouvelles technologies.
▪️Équiper la France dans tous ses territoires sur le plan de l’emploi, de la communication, des transports, des services, de l’éducation, de la sécurité et de la santé en regroupant les ministères, les corps constitués, les institutions, vers une égalité territoriale.

Oser la confiance .

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1 Commentaire
  1. Dr Dominique Bauer-Vinassac 11 mois Il y a

    Excellent article du Dr Atul Patak. Qui resume parfaitement la situation .
    Il omet de preciser toutefous qu nen secteur II. Il n’y a aucune revalorisation des actes. Depuis plus de 30 ans .
    Dans ma specialité la Rhumatologie le Cs est rembourse 23 euros pour un patient à 100 %soit 150 francs !! Pareil qu rn 1988 date dd mon installation !!!
    Dans des villes comme Paris imposdible de survivre aux charges locative en seteur 1 !!
    Et le contrat d’acces au soin limite les depassements qui n’en sont finalement pas car le tarif Ss aurait du etre actualise depuis 40 ans !!!

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