Ce billet s’adresse à celles et ceux qui exercent en clinique … et, au-delà, à vous tous…
A l’heure où l’on ne trouve plus de médecins, plus d’infirmières, plus d’aide soignantes…
A l’heure où l’on ne sait parfois pas comment la garde de nuit de tel ou tel service pourra être assurée.
A l’heure où les soignants qui restent s’épuisent à soigner pour deux, pour trois pour quatre.
A l’heure où nous exerçons en « mode dégradé ».
A l’heure où l’intérim devient la règle.
A l’heure où l’intérim devient carence.
A l’heure où l’on ferme des dizaines, des centaines de lits, des services de soins, des blocs, par manque de soignants.
A l’heure où malgré tous les efforts, la maltraitance de nos patients se fait jour.
A l’heure où tout s’effondre…
Les ARS, l’administration, nous demandent sous délais contraints de remplir toujours plus d’enquêtes, de CPOM en IPAQS, d’IFAQ en Ségur numérique…
L’administration relance tous les processalacon qui norment et mesurent nos exercices…
Ces gens sont fous !
Ils n’ont rien appris de la crise.
Nous ne pouvons plus soigner sainement.
Nous exerçons parfois la peur au ventre.
Et ils mesurent, notent, menacent.
Et nous acceptons…
A l’hôpital, en clinique, les plans blancs se multiplient …
Ça ferme, ça s’effondre.
Et ils nous demandent de justifier nos exercices et entendent faire comme si de rien n’était.
Par rapport à cela, le silence des fédérations hospitalières est assourdissant.
Les groupes eux l’accompagnent…
Je ne peux me résoudre à ce massacre …
En ville, la même pénurie, le même épuisement…
Et des actes médicaux que l’on donne à faire à l’une ou à l’autre profession …pour moins cher… » « Ça fera bien l’affaire, ça tiendra bien encore un peu… »
On manque d’ophtalmos, « bah, les orthoptistes prescriront des lunettes, le patient ne verra pas d’ophtalmo pendant des années … et alors ?, pourvu que le système tienne encore quelques années… »
Donnons la médecine à Pierre, Paul, Jacques, Caroline ou Marie, ils ne sont pas médecins, quelle importance, ça tiendra bien encore un peu…
Des cabines de téléconsultations dans les pharmacies en face du cabinet du docteur, ou au monoprix,
Des plateformes QARE ou LIVI de médecine hemianopsique et low cost.
Ça tiendra bien encore un peu…
Alors on rend les médecins « responsables de leurs territoires » au sein des CPTS, on les faits contractualiser sur la réponse aux soins non programmés, sur l’assurance pour chaque patient d’avoir un médecin traitant…
Alors on crée des SAS où l’hôpital est plus rémunéré pour ne pas examiner le patient qu’il va renvoyer, que le médecin de ville qui va le recevoir.
Alors on autorise et on finance les centres de santé de Ramsay ou Elsan pour qu’ils multiplient leurs centres de santé partout, on les paye sans compter, et on finance à découvert la casse de la médecine libérale, la casse de la médecine tout court.
Alors on va relancer le tiers payant généralisé dernière pierre pour enterrer le paiement à l’acte, porte ouverte à la toute puissance de l’assurance maladie devenue le financeur du soin, ou de l’assurance privée : « je paye donc je décide ». « Tu veux être payé ? remplis ces enquêtes, contractualise, certifie ton exercice, entre dans des process »… Une médecine de pions impersonnels, que l’on déplace. Un médecin aux ordres et obéissant… une caporalisation de la médecine.
Une chose … dans un groupe de chose au sein d’un centre de santé, dans une CPTS, qui bosse pour RAMSAY ou KKR ou QARE ou AXA…
Cet effondrement, ces dérives mortifères, cela fait des années que nous les annonçons.
Dès 2012 sur le TPG, la financiarisation du soin, la montée des groupes financiers, des fonds de pension, la perte de sens face à la lourdeur, et la déconnection de l’administration, les burn out, les suicides…des années …
Des années que nous dénonçons des conventions minables qui méprisent nos exercices, qui méprisent ce que nous sommes.
Des années que nous demandons à cette profession de se lever.
Des années… que d’actions en actions, de communiqués en mobilisation nous faisons le terrible constat de son apathie, de son acceptation… des années…
Des années ou nous avons appris, que la profession ne bouge pas tant que la menace est dans les cartons, ne bouge pas tant que la menace est a l’état de projet, ne bouge pas tant que la menace est juste annoncée, ne bouge pas tant que la menace n’est pas concrétisée.
Certains hurlent au mouvement et, parfois, pas toujours, ils y participent…
Et lorsque la menace est là, lorsque chacun est touché, là, la majorité bouge … avec le risque que le moment soit passé.
Nous n’avons plus le temps…
Il n’est pas d’effondrement qui ralentisse.
La politique sanitaire ne sera que continuité, et de réforme en réforme, de loi en loi, de décret en décret nous perdrons notre capacité à nous opposer… Un pion ne s’oppose pas, un pion ne décide pas…
C’est à partir de ce constat que nous portons l’idée des assises du deconventionnement comme arme de négociation massive.
Ils font sans nous, montrons notre capacité à faire sans eux…
Et si la profession revendique sa volonté de se lever, si du terrain montent les signaux du réveil, alors nous travaillerons à toutes les autres solutions : arrêt global, départ de France…
En ce qui nous concerne nous sommes prêts, la profession dans son ensemble, elle, ne l’est pas…
Qu’elle le soit, nous agirons…
Il suffit parfois de rien, une étincelle, un tiers payant… et…
Dr Jérôme Marty
Président UFMLS