J’accuse les responsables politiques de tous bords d’avoir depuis trente ans considéré la Santé comme subalterne et sans intérêt, et d’avoir voté des politiques et des lois de finance de la sécurité sociale qui ont construit l’effondrement du soin.
J’accuse Mr Alain Juppé d’avoir rendu les soignants victimes expiatoires des conséquences des politiques économiques décidées par les gouvernements successifs, en raison de l’enfermement de leurs tarifs au sein de l’Objectif National de Dépenses d’Assurance Maladie.
J’accuse Mme Roselyne Bachelot d’avoir écarté les soignants de la gouvernance hospitalière et d’avoir livré les hôpitaux à l’aveuglement administratif.
J’accuse Mme Marisol Touraine d’avoir rendu l’État responsable de la politique de santé et d’avoir éliminé les soignants de toute organisation de cette politique.
J’accuse Mme Agnès Buzyn de poursuivre et d’appliquer la politique sanitaire votée sous Marisol Touraine, de donner plus de pouvoir à l’administration, et de ne pas mesurer la gravité du moment. J’accuse Mr Emmanuel Macron de ne pas avoir de politique sanitaire et de brasser du vent.
J’accuse les ministres des finances successifs d’avoir ligoté et bâillonné les ministres de la santé pour diriger le système sanitaire sous le seul axe économique.
J’accuse les directeurs d’Agence Régionale de Santé d’avoir accepté d’être les agents d’un système à l’opposé de toutes démocraties sanitaires.
J’accuse le directeur de l’Assurance Maladie d’être une marionnette aux ordres de Bercy.
J’accuse les syndicats de médecins de continuer à siéger en négociation conventionnelle alors qu’ils ont perdu tout pouvoir à force d’acceptation.
J’accuse les directeurs d’hôpitaux d’être responsables de la casse de nombreuses équipes de soin, de l’abandon de vocations et de drames au sein même des structures hospitalières.
J’accuse les ministres de la Santé successifs d’avoir organisé le développement des parts de marché des assurances et fonds de pension sur des pans entiers de notre système sanitaire.
J’accuse les parlementaires d’ignorance coupable, en regard de la façon dont le pays qui les a élus traite ses soignants.
Je nous accuse tous d’accepter l’effondrement organisé de notre système sanitaire et de le regarder tomber.
