Monsieur le Secrétaire d’Etat,
Sur France Inter, vous vous êtes récemment exprimé au sujet de la société Doctolib en une intervention qui tenait presque de la publi-information
“Doctolib pour stocker des données de santé respecte les plus hauts standards de sécurité sur le stockage des données”
“C’est une boite française qui a plusieurs centaines de salariés, qui est en train de révolutionner la santé en France et en Europe”
“Qui peut devenir le leader mondial de la santé dans les prochaines années, faut qu’on soit fier aussi de nos boites…”
Permettez moi de vous répondre, moi le médecin généraliste, secteur 1, conventionné à 25 euros, et mettre en exergue ce que renferment vos propos.
“Il faut être fier de nos boites et de leur expansion“, avez vous déclaré “des entreprises de la santé” précise le journaliste Nicolas Demorand face à vous , c’est vrai que la réussite de Doctolib est insolente, et ce au vrai sens du terme et je m’en explique.
Pour consacrer la réussite de Doctolib il faut plusieurs paramètres.
D’abord il faut un système sanitaire et au sein de ce système sanitaire il faut des praticiens du soin, médecins, infirmier(re)s, kinésithérapeutes, aides soignant(e)s etc. Bref il faut des soignants. Ces soignants voient leurs tarifs bloqués au plus bas de la moyenne européenne, par votre gouvernement Monsieur le Ministre, comme par les gouvernements précédents.
Ces difficultés induites des mains qui soignent ,créent précisément le terreau sur lequel se développe Doctolib.
Monsieur le ministre, vous n’avez pas de mots assez forts pour saluer la réussite financière de Doctolib et le gouvernement auquel vous appartenez n’a lui aucune volonté de permettre le développement économique des professions du soin, là est la première insolence.
Monsieur le Ministre, alors que vous flattez la société Doctolib et que vous saluez sa réussite, celle ci favorise le développement de pratiques sectaires ciblées par la Milivitudes telles que, le Reiki ou la kinésiologie, ou encore, de Fakes-médecines telles que, « Energéticiens, Naturopathe ou autres Fakemed » en les faisant apparaître sous la phrase générique “prendre rendez vous en ligne chez un confrère” et, sous la marque “Doctolib” ou le préfixe “docto”, renvoie à des professions médicales réglementées, en une tromperie construite et réfléchie.
La start-up nation que vous représentez, à cet instant, applaudit une entreprise qui met au même niveau, et en une politique marchande, la médecine et des exercices qui ne sont en rien des professions du soin. C’est la deuxième insolence.
“C’est une boite qui est en train de révolutionner la santé en France et en Europe”
“Qui peut devenir le leader mondial de la santé”
Monsieur le Ministre, ces mots sont la troisième insolence. La société Doctolib n’est pas une simple plateforme de rendez vous, c’est effectivement une “boite” qui entend révolutionner la santé au sens politique du terme…
Sans décision politique !
Et vous vous en réjouissez !
Il faut en être fier, dites vous ?
À quel moment a-t-on demandé l’avis des patients ?
À quel moment a-t-on demandé l’avis des soignants ?
A quel moment a-t-on expliqué que demain, la santé serait aux mains de puissances privées ?
A quel moment a-t-on décidé que la puissance publique devait baisser fanion et accepter le discours marketing entrepreneurial start-upper ?
Mr le Ministre, pouvez vous garantir que Doctolib ne se vendra pas demain à l’acheteur étranger le plus offrant, et ne livrera pas ses données à d’autres règles de droit brisant ainsi le cadre sécuritaire numérique Français.
Vous le savez , vous ne le pouvez pas…
Je ne suis qu’un médecin généraliste, Monsieur le Ministre, président d’un syndicat qui a fait, de la défense des valeurs de nos métiers, son socle fondateur, c’est en ce sens, que je vous alerte. Les femmes et les hommes qui soignent sont le moteur de notre système de santé, c’est leur réussite qu’il faut favoriser, et c’est leur courage à le tenir tous les jours à bout de bras qu’il faut saluer. Oublier ceux là et parler de “leader mondial de la santé” pour une entreprise c’est n’être plus ministre mais VRP du risque permettez-moi de vous le rappeler.
Recevez, Monsieur le Secrétaire d’Etat, l’expression de ma haute considération.
Dr Jérôme Marty
Président UFML-S