TRIBUNE :
Suite à l’article du Quotidien du médecin Polémique autour des congés estivaux de deux généralistes, l’Ordre rappelle l’éthique déontologique des médecins, nous avons décidé d’y répondre, réponse que voici.
Quand s’arrêtera la charge contre les médecins libéraux ? Quand les politiques prendront-ils conscience que la médecine libérale n’est pas une enfant gâtée génératrice de dettes, mais un investissement bénéfique au plus grand nombre ? Nous sommes des femmes et des hommes dévoués, travaillant en moyenne 54 heures par semaine, assurant plus de 95% de la permanence de soins (PDSA) et la majorité des soins aigus (étude de la DREES 2019 & rapport du CNOM 12/2021).
Les polémiques autour de la participation des médecins généralistes aux urgences hospitalières et du volontariat à la PDSA sont donc infondées et injustes eu égard à notre investissement qui n’est plus à démontrer. Cependant, cela ne suffit pas à combler les besoins d’une population vieillissante, usagère d’un système de soins qui a relégué le médecin au rôle de prestataire de services.
Toute la médecine libérale est en souffrance et en particulier la médecine générale, plus méprisée encore. La rémunération de la consultation, considérant l’inflation, a diminué depuis 2002 passant de 20 à seulement 25 euros, au plus bas de l’échelle européenne dont la valeur moyenne est de 50 euros.
Et voici une nouvelle attaque en règle contre notre profession remettant en cause injustement notre liberté et indépendance d’exercice en voulant encadrer nos congés !
Est-il nécessaire de rappeler que :
– Contrairement aux salariés, nous ne bénéficions pas de congés payés.
– Les médecins ont le droit à une vie de famille et à des vacances. Ils doivent assurer un mode de garde pour leurs enfants. Ils ne peuvent plus être disponibles en permanence, s’épuisant à la tâche.
– Les déserts médicaux sont surtout des déserts d’accès aux soins. Ils s’étendent des territoires abandonnés par l’État (souvent le médecin en est le dernier représentant avec le Maire) aux plus peuplés, l’Ile de France étant aussi un territoire médicalement sous doté.
Ceci illustre bien que la volonté de coercition à l’installation est une mascarade, car il n’existe pas en France de zones sur-dotées !
Souvenez-vous des décisions politiques, dont seuls les énarques ont le secret, qui ont entrainé une diminution du nombre de médecins pour diminuer le coût des soins, en divisant le numérus clausus par 2 de 1990 à 2000 et plus incroyable, en offrant des primes MICA aux médecins pour avancer leur départ à la retraite. Ce sont 50000 médecins qui manquent à l’appel : voici l’origine de tant de souffrances des soignants et de difficultés d’accès aux soins. Alors faire des médecins, épuisés par un exercice de plus en plus contraint et ne trouvant plus de remplaçants pour organiser leurs congés non payés, des boucs émissaires d’un système de santé à bout de souffle, est mesquin et insultant pour toute la profession.
Et les voici invités « confraternellement » par le Conseil Départemental de l’Ordre des Médecins (CDOM) dans le but d’apporter « des solutions afin d’éviter que de telles situations ne se reproduisent », donc en d’autres termes afin de les convaincre de céder et coordonner leurs congés (lequotidiendumedecin.fr publié le 19/08/2022).
Le code de déontologie est pourtant étonnamment peu prolixe à ce sujet. Les articles 47, 68, 69 et 93 traitant de la continuité des soins, des rapports confraternels, du caractère personnel de l’exercice et de l’exercice en commun rappellent clairement la liberté et l’indépendance d’exercice…
Donc, chères consœurs, chers confrères, pour bien soigner, il est important que vous preniez aussi soin de vous. Le Code de Déontologie, sous l’égide du Code de Santé Publique, vous protège et vous permet de prendre vos congés quand bon vous semble et de participer à la permanence de soins sur la base du volontariat. Ne soyez pas sous influence et gardez votre esprit et votre exercice libres, car vous en êtes les garants ! N’oubliez pas ‘Primum non nocere’ : toute erreur médicale commise, même par fatigue ou épuisement professionnel, vous sera reprochée.
Et depuis quand les médecins libéraux sont-ils assujettis aux administrations hospitalières et doivent donner leurs dates de congés ? Nous refusons toute ingérence de l’hôpital, car nous n’en sommes pas salariés. Et nous serions aussi en droit d’attendre les informations des hôpitaux sur la fermeture des services, les restrictions de lits par manque d’effectifs et l’exercice en mode dégradé des services d’urgences qui ne sont pas sans conséquence sur notre activité et la prise en charge des patients.
L’UFMLS défendra toujours une juste considération et revalorisation des médecins et luttera contre la remise en cause de nos droits, de notre qualité d’exercice et de nos champs de compétence.
Pour l’UFMLS,
Le 2 septembre 2022,
Dr Jérôme MARTY, président & Dr Guillaume DEWEVRE, secrétaire général