Nous voulons faire exploser le petit cercle du syndicalisme

Aujourd’hui a lieu le “black Friday”. Les professionnels de santé sont invités à faire grève à l’appel de tous les syndicats (CSMF, MG France, FMF, SML, Bloc)… et de l’UFML, qui ne figure pourtant jamais sur les photos de groupe. L’UFML qui était encore un petit poucet il y a deux ans donne un coup de pied au syndicalisme médical à un détail près : il n’est encore qu’une association. Son président, le Dr Jérôme Marty nous confie ses ambitions pour son mouvement né après le mouvement des médecins pigeons. Il revient aussi sur son combat contre la loi de santé.

Egora.fr : Aujourd’hui, ce “black Friday” représente votre dernier mouvement de lutte contre la loi de santé…

Dr Jérôme Marty : Il est évident qu’il s’agit d’un mouvement important et décisif dans la gestion du conflit. La mobilisation est très importante. La loi de santé est en train d’être réétudiée et les rumeurs laissent entendre qu’elle serait votée autour du mois de décembre ou de janvier. Apparemment il va y avoir une nouvelle navette. On sait tous que même si le Sénat change quelques articles, c’est la loi telle qu’elle est discutée actuellement qui sera votée au final. La pression doit donc être mise sur le gouvernement dès maintenant.

Qu’est-ce que vous espérez?

On espère que le gouvernement va enfin faire preuve d’intelligence par rapport à cette loi. On le dit depuis deux ans, il n’y a aucune urgence sanitaire à la voter. Je rappelle que la loi devait être votée avant les grandes vacances. Nous sommes au mois de novembre, et ça n’est toujours pas le cas. D’autant qu’on nous annonce une conférence nationale de santé pour le 11 février.

Selon nous, la position intelligente serait de bloquer le processus législatif après l’assemblée nationale. Il faut discuter enfin avec les professionnels de santé des articles de loi qui nécessitent un débat puisqu’ils n’ont pas trouvé d’accord entre le Sénat et l’Assemblée nationale. Ce n’est qu’après la conférence nationale de santé que la loi doit revenir au Sénat. On pourrait ainsi réécrire la loi avec l’avis des professionnels du soin qu’ils soient médecins ou paramédicaux.

Vous êtes bien conscient qu’il y a très peu de de chance pour que cela se produise ?

Je n’en suis pas sûr du tout. J’y crois parce que je pense qu’ils ont manqué le coche. Ils vont rentrer dans un double processus électoral. Il va y avoir les régionales début décembre dont on se doute que le gouvernement ne sortira pas vainqueur. Derrière ces régionales, il y aura un remaniement ministériel. Il est probable que Marisol Touraine soit affectée à un autre ministère, ce qui signifierait qu’elle n’assisterait pas au vote de sa loi. Le 1er janvier, on rentrera aussi en période électorale pour François Hollande. A mon avis, dans un processus électoral, il ne faut pas qu’il se mette à dos la population…

ou les soignants. Il n’a rien à y gagner. Notre solution permettrait à tout le monde de sortir par le haut.

Cette journée est symbolique de l’union entre tous les syndicats. L’UFML a énormément de poids mais son statut associatif lui empêche d’être représentée officiellement. Cela ne vous gêne-t-il pas?

Je suis le vilain petit canard mais ne je suis pas Caliméro (rire). Il est certain que nous avons beaucoup de poids puisque nous portons le mouvement avec les coordinations mais nous ne sommes pas à la table des négociations. Nous pourrons juste y être par le biais des syndicats que nous avons aidé aux URPS.

Lorsqu’il y a des conférences de presse communes, comme c’est arrivé la semaine dernière, nous sommes présents mais ne sommes pas sur la photo. C’est la demande de la CSMF et d’MG France. Mais ce jeu-là est terminé.

Ils ont demandé à ce qu’il y ait une autre conférence de presse dans une salle privatisée des cinq syndicats de médecins le 16 novembre. Pour l’UFML, c’est niet. Il y aura une conférence de presse unitaire avec le Mouvement pour la santé de tous qui regroupera les coordinations, les syndicats de médecins, les paramédicaux… Tout le monde sera sur une même ligne. Personne ne sera ni devant ni derrière. Cela sera ainsi ou il n’y aura rien. Nous en avons assez des égos de Pierre, Paul ou Jacques. Nous nous battons tous contre une loi qui veut mettre à bas le soin en France, nous n’en sommes plus à savoir qui est devant ou qui est derrière.

Aujourd’hui il y a un mouvement de blocage sanitaire national. Un certain nombre de structures appellent de façon assez manipulatoire à une journée santé morte. Cela n’a rien d’une journée santé morte puisque les médecins s’arrêtent jusqu’au mardi minimum et cela sera éventuellement reconductible. Ces mêmes structures qui appellent de la bouche pincée au rassemblement du 16 novembre, veulent avoir une conférence de presse dans une salle privatisée. Nous disons non. La population médicale sera là, il y aura deux camions scènes, nous les invitons à venir parler à la foule. Plusieurs médecins auront fait des centaines de kilomètres pour venir, cela n’a aucun intérêt de s’enfermer dans une salle pour parler à des journalistes alors qu’il n’y aura rien de nouveau. En revanche, parler à la foule, nous disons oui.

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