Moderniser ce n’est pas…

Isabelle Le Croarer Luck

 Isabelle Le Croarer LuckLe rôle du politique c’est d’être à l’écoute du citoyen, d’anticiper, d’améliorer le fonctionnement de la société au service du citoyen et de ne pas provoquer de catastrophe sociale avec ses choix politiques. 

Depuis de nombreuses années, pourtant, sur ces points vous avez tout faux, Mesdames et Messieurs les dirigeants et les gouvernants, vos décisions ou non-décisions politiques, vos choix approximatifs, autoritaires, soumis à la finance pure et oubliant l’humain, ont conduit la France à la déliquescence sur quasiment tous les plans de la société.

Et vous Madame la ministre de la santé, pour parler de ce que nous connaissons bien mieux que vous, vous avez évidemment tout faux en ce qui concerne la santé et son organisation. Vous avez voulu régenter le monde de la santé avec une loi sans prendre l’avis des citoyens ni des médecins. Les premiers pourtant semblaient satisfaits et fiers de la médecine qu’ils avaient mais cette médecine ils ne l’auront plus à cause de vous, et même ils ne n’ont déjà plus dès maintenant. Les seconds, pourtant experts du soin, vous les avez superbement ignorés dans l’élaboration de cette loi, préférant l’aménager avec et au profit d’économistes, d’assureurs et de financiers. Vous avez même dénigré les professionnels du soin lucides quand ils se permettaient de critiquer votre loi et d’en montrer les risques. Et vous vous êtes, au lendemain d’une journée noire de deuil pour la société entière, empressée de faire voter votre loi, en promettant par la voix du Premier Ministre, de consulter les professionnels du soin une fois la loi votée, quel bel exemple de démocratie ! Vous en rendrez compte aux Français au plus fort de la catastrophe sanitaire qu’ils vont vivre, car vous les avez trompés avec cette loi que vous nommez de modernisation mais qui va achever l’excellence de la médecine à la française.

Moderniser, ce n’est pas laisser les Français ne plus avoir accès aux soins en raison de la pénurie de médecins par vieillissement non anticipé du corps médical et non installation des jeunes dans un milieu professionnel rendu inattractif par des mesures coercitives et improductives .                                                                           

Moderniser ce n’est pas pousser les professionnels à l’abandon de leurs patientèles, à la retraite sans successeur, à la reconversion pure et simple, aux postes administratifs de non-soignants et s’ils continuent leurs missions de soins, à un exercice d’abattage déshumanisé très éloigné de leur vocation, avec risque accru de burn-out et suicide.

Moderniser ce n’est pas nier la reconnaissance d’un exercice de qualité et dénigrer aux professionnels l’expertise de leur pratique de soin.               

Moderniser ce n’est pas laisser les cabinets médicaux de chaque  quartier, de chaque village, sans les moyens financiers et humains d’assurer des actes modernes et de qualité, une disponibilité sans obligation de sacerdoce, une prise en charge des patients malgré la maladie, la maternité ou les simples congés des praticiens.                                                      Moderniser ce n’est  pas tout informatiser en gommant la pourtant nécessaire relation humaine.                                                        

Moderniser ce n’est pas tout faire rentrer dans des cases comptables en niant l’aléa de chaque situation et l’exception de l’individu.          

Moderniser ce n’est pas promettre des maisons médicales qui restent sans médecins.  

Moderniser ce n’est pas équiper les maisons de retraite ou les villages sans médecins de cabines de télémédecine.                                                       

Moderniser ce n’est pas laisser marchandiser les consultations sur le net à plus de fois le tarif opposable.                                                                                   

 Moderniser ce n’est pas détourner les jeunes après la première année d’études de médecine avec un numerus clausus imprécis.              

Moderniser ce n’est pas permettre l’embauche à tour de bras de professionnels étrangers pour certains moins qualifiés que ceux formés dans les facultés françaises.                             Moderniser ce n’est pas laisser submerger l’hôpital de patients qui n’ont rien à y faire, ce n’est pas autoriser sans motif valable la queue aux urgences hospitalières, ce n’est pas surmener les urgentistes qui n’arrivent plus à faire le tri entre la bobologie qui s’y presse et les détresses vitales qui risquent d’y mourir.                                                                                

Moderniser ce n’est pas imposer en ville comme à l’hôpital des cadres normatifs de gestion sans éthique.                                                           

Moderniser ce n’est pas faire fi de la déontologie médicale ni penser que le serment d’Hippocrate est à placardiser.                                                        

Moderniser ce n’est pas autoriser la divulgation de données médicales pour rentabiliser les contrats d’assurance maladie.                                      

Moderniser ce n’est pas ôter aux patients le droit de choisir leur médecin sous prétexte des réseaux de soins ou de leur refuser le remboursement d’actes avec le médecin qu’ils ont choisis.   Moderniser, ce n’est pas continuer à faire payer aux salariés leurs cotisations d’assurance maladie et de leur imposer, dans un grand déballage de pseudogénérosité, une mutuelle obligatoire et fiscalisée dont ils n’ont plus vraiment le choix et qu’ils n’arrivent plus à payer à leur retraite.                                                              

Moderniser ce n’est pas permettre aux assurances privées et aux mutuelles de vendre sans obligation de prise en charge des surcomplémentaires ou des contrats pourtant dits responsables. Moderniser, ce n’est pas promettre de ne plus rien débourser pour ce qui ne sera plus en rayon…

Les Français ne croient plus en leurs hommes et femmes politiques qui les ont oubliés devant les diktats économiques de la haute finance et pour des plans comptables d’ailleurs inefficients et desservant le citoyen. La preuve du désamour des français envers leurs dirigeants est qu’ils ne se déplacent même plus aux urnes et essaient de débattre dans la rue ou sur une place bien nommée. Ils espèrent un changement de cap sans voir s’incarner qui les guidera mais pour beaucoup, ils sont résignés et ils souffrent en voyant les valeurs piétinées. Et plus que vous dans vos ministères, nous médecins côtoyons, avec les maladies habituelles, cette misère qui étouffe la société, et qui malgré les avancées techniques et scientifiques, y fait monter cette production de malheur dans l’apparente opulence d’un monde dit moderne. Moderne, c’était l’objectif grandiloquent et tape-à-l’œil de votre loi mais cette modernité que vous revendiquez ne va rien résoudre de notre crise sanitaire et va finir d’affaiblir et niveler vers le bas l’excellence de notre système de soins solidaire en l’encadrant des moyens contraints, sans humanité et sans éthique, pour une rentabilité qui ne sera pas au service de celui qui souffre.  Mesdames et messieurs les gouvernants, soyez humbles et lucides, le cap pourrait encore être modifié avant le naufrage si vous confiiez très vite la barre aux professionnels du soin dans les eaux de leur domaine d’expertise !

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