Téléconsultation : Le meilleur est à espérer, le pire est à craindre…

La société Doctolib vient d’annoncer le lancement de son offre de téléconsultation. Parallèlement, les plateformes de téléconsultations comme Qare ou Livi se développent aux côtés d’autres structures.

La téléconsultation peut et doit amener plus de souplesse et de confort dans la pratique du médecin et améliorer l’accès au soin. Il s’agit d’un nouvel outil de la pratique quotidienne, qui devrait changer une part non négligeable de l’exercice tout en maintenant l’acte contractuel au sein d’un colloque singulier devenu en ce cas, numérique… Si la pratique était limitée à l’acte entre le patient et le médecin traitant, le cercle serait vertueux et nous ne parlerions que d’apport.

Ce n’est malheureusement pas le cas.

Examinons les risques : La société Doctolib s’est développée grâce à une autorisation très imprudente du CNOM de référencement de tous les médecins de France la propulsant assez vite au niveau, voir devant les pages jaunes en termes de visibilité sur les moteurs de recherche.

Leader de la prise de rendez-vous, elle ajoute le service de téléconsultation à son offre…

L’UFML-Syndicat a démontré combien cette société avait fait preuve de légèreté dans son mode de fonctionnement se rendant coupable de parasitisme (patients orientés vers des médecins abonnés à Doctolib alors qu’ils cherchaient un autre médecin), ou présentant des mages et autres guérisseurs voire des pratiques ciblées comme sectaires, sous le préfixe Docto.

Cette société garde ses fichiers de recherche qui restent à la disposition de la société qui tôt ou tard pourrait les racheter. Si une telle vente se faisait auprès d’une société américaine alors c’est la loi américaine qui s’appliquerait et non plus le RGPD

Le monopole est donc plus que risqué…

Pourtant l’APHP et d’autres grands acteurs de l’hospitalisation publique ou privée passent marché avec cette société et elle seule….
Les plateformes type Livi ou Qare mettent en place des call center où des médecins travaillent à temps partiel pour leur compte. Ces sociétés ne doivent leur essor qu’à l’ouverture du marché qu’a provoqué la signature de l’avenant 6 de la convention portant sur la télémédecine, par la multiplication du champ des exceptions à l’absence de remboursement de l’acte de téléconsultation. Cet acte ne peut être remboursé que si il est pratiqué par un médecin qui connaît le patient (son médecin traitant par exemple) mais, si celui-ci ne peut être joint ou n’est pas disponible, si le patient a moins de seize ans, alors l’acte peut être remboursé.

Les syndicats de médecins ont signé cela et ouvert ainsi la porte aux sociétés commerciales.

Les levées de fond pour ces sociétés depuis s’accélèrent… Les financiers ont parfaitement compris que, au sein d’un système où la pénurie de médecins et la difficulté d’accès au soin deviennent la règle et où la notion de médecin traitant disparaît (dans les grandes villes notamment), la porte est grande ouverte à la possibilité de remboursement pour des actes réalisés par des médecins que le patient n’a jamais vu et qu’il ne reverra peut-être jamais. Ces sociétés ne misent leur développement que sur l’acte dit « léger » ou sans risque ; leur montée en charge pourrait donc créer une fragilité économique pour nombre de cabinets dont certains, à terme disparaîtraient.

Dans le même temps, le risque juridique étant ce qu’il est, ces plateformes chercheront à le minorer par un examen du patient en présentiel… Incapables de trouver une place dans un cabinet de ville, elles adresseront les patients aux urgences pour le moindre doute…

Ainsi une solution née de la pénurie organisée des médecins de ville et de la difficulté d’accès aux soins aggravera le problème par la fragilisation des cabinets de ville et l’augmentation de l’engorgement des urgences. Loin de l’amélioration de la pratique par une meilleure organisation, mêlant confort et qualité en un cercle vertueux, nous pourrions assister à un cercle vicieux fait de développement de plateformes, de fermetures de cabinets, d’augmentation de la demande, et donc… de développement de plateformes…

La médecine low cost ainsi créée pourrait s’accompagner de l’apparition d’un système inégalitaire avec une offre médicale d’acte présentiel devenue rare … et chère.

La téléconsultation, pour être une avancée en termes de qualité de soin, doit rester dans le cadre de ce qui est à la base de notre système de santé : la liberté , l’égalité, la solidarité.

Liberté pour les médecins qui ne doivent pas voir leur pratique dépendre de sociétés commerciales qui tôt ou tard pourraient directement ou indirectement peser sur leur pratique et menacer leur exercice.

Egalité devant le soin : l’urgence est au développement de l’attractivité des professions médicales afin de favoriser les installations. Plus de médecins c’est un meilleur accès au soin pour tous et la possibilité de bénéficier d’une médecine présentielle ou par voie numérique de qualité par un médecin qui connaît son patient.

Solidarité : le financement des plateformes de téléconsultation traduit l’intérêt économique de quelques groupes privés de capitaliser sur la pénurie de l’offre, par la mise en place d’une médecine low cost.

La téléconsultation ne doit pas ouvrir à une médecine inégalitaire. Le meilleur est à espérer, le pire est à craindre, il nous appartient à tous, face à ce bouleversement sanitaire, économique, politique d’oser regarder chaque apport et chaque risque et de sacraliser les valeurs de notre système sanitaire afin que chaque progrès s’adapte à elles et, par là-même, le protège et le développe.

Dr Jérôme Marty

président UFML-Syndicat

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