Covid 19 et finalement : Avions-nous besoin d’eux ?

Depuis plusieurs semaines,  la France, comme le reste du monde, traverse une crise, sans modèle historique. Depuis plusieurs semaines, la France a modifié son rapport au temps, bousculé ses habitudes, revu ses modes de vie. Depuis plusieurs semaines, la France s’adapte et fait front aux attaques d’un virus émergent, ennemi invisible qui a rendu visibles nos forces et nos faiblesses et a changé les règles du jeu.
La France partait avec de nombreuses longueurs d’avance : un système de santé borné par de nombreuses agences de surveillance, de mesure, de prévoyance. Une administration relais de l’État présente à chaque étage du soin, garante de ses bons usages, de son efficience, de sa pertinence, un système hospitalier public et privé et une médecine de ville prête à agir sous le commandement de ces différentes instances.
Il n’en était rien…
Dès les premiers jours de la crise du « Covid 19 », les dysfonctionnements succédèrent aux dysfonctionnements.
Une fois de plus la France allait tomber dans ses travers, bousculée par des dirigeants trop sûrs d’eux. Le covid19 ne pouvait l’atteindre… Il y avait très peu de risque qu’il l’atteigne… La France était prête et armée, tout était sous contrôle … Brique par brique, le mur illusoire de protection allait tomber.
Alors que les pays asiatiques nous montraient le chemin et devaient nous faire gagner un temps précieux, ce temps allait être consommé en atermoiements et en ajustements aux possibilités de la nation en lien avec une pénurie que la technostructure allait tout faire pour cacher puis justifier à la population.
La France avait dès lors pris du retard ; se mettait alors en place une communication paradoxale de « transparence » puisque censée masquer les manques et les errements, conséquences directes des politiques sanitaires successives et de l’architecture du système : la France était prête, il y avait des stocks de masques, il y avait des commandes en nombre, les masques arrivaient, ils allaient arriver, ils arriveraient, il n’y avait pas besoin de masques, de protection respiratoire pour tout une catégorie de soignants, il fallait réserver les moyens de protections à l’hôpital, la ville n’avait pas à être mise à contribution en phase 1 et 2….
Une communication, désormais vidée de tout sens scientifique construite sur le seul manque apparaissait.
En médecine de ville, les médecins, kinés, infirmières, pharmaciens sans aucun moyen de protection (les masques à cet instant avaient été réquisitionnés par l’État) étaient au contact de patients qui pouvaient présenter les symptômes de la maladie ou n’en avoir aucun tout en étant vecteurs du virus. A l’hôpital, les moyens de protection manquaient également, y compris dans les services où l’on regroupait les patients. En ville et à l’hôpital, nombreux sont les soignants qui allaient être contaminés et qui allaient eux-mêmes devenir vecteurs du virus…
Loin de s’améliorer, le défaut de matériel allait s’aggraver,  potentialisé par l’augmentation de l’épidémie : masques, sur-blouses-charlottes, écrans de protection, sur-chausses, soluté hydro alcoolique, traitements de réanimation, traitements de soins palliatif, tests, écouvillons, réactifs, automates …
Il fallait pourtant soigner, il fallait pourtant combattre, il fallait lutter pour la vie.
Les soignants de toutes régions manifestaient une solidarité, les entreprises de l’agro-alimentaire, les cantines, la grande distribution, les agriculteurs, les carrossiers etc. répondaient à l’appel des soignants pour leur fournir le matériel qui leur faisait défaut. Les entreprises du textile se lançaient dans la confection de masques, une société d’articles de sport livrait des masques de plongée à l’utilisation détournée pour les réanimations respiratoires, les collectivités locales se levaient et commandaient des masques et des moyens de protection.
Toute cette organisation tenait de la débrouillardise, de la réactivité, de la nécessité…

Face à elle, les agences relais de l’État, l’administration, tentaient à plusieurs reprises de freiner les ardeurs, multipliaient les circulaires éphémères, puisque tuées par les circulaires suivantes, à un rythme effréné,  lié au retard irrattrapable pris au début de la crise, à l’adaptation au manque,  à son camouflage décidé en haut lieu, et à une déconnexion totale avec la réalité du terrain.

Le Covid 19 par son pouvoir de désorganisation, faisait apparaitre la réalité d’un système sanitaire qui avait éliminé le soin de son pilotage et avait livré sa destination à des commandants sans grade, et sans formation, obéisseurs interchangeables, prenant leurs ordres auprès d’un ministère sans pouvoir autre que celui donné par Bercy…
Nous avions jusqu’alors un système de santé, hyper administré, encadré, normé, surveillé, dirigé, mesuré, orienté par une forteresse non soignante qui paraissait imprenable, le covid19 l’avait pulvérisé, ne restait debout que le soin.
Ce soir le président de la République s’exprimera,  je fais le souhait qu’il ose aborder cet élément fondamental de la crise que nous traversons, la gouvernance de notre système de santé sera à reconstruire, place devra être faite aux soignants à ses commandes, liberté devra leur être donnée pour ses orientations au côté des patients et de l’État en une démocratie sanitaire mature.

J’attends cela, le courage politique de dire : nous avons fait erreur, la médecine ne peut se concevoir qu’avec ceux qui soignent, il est désormais inconcevable qu’ils n’aient pas leur place au cœur de la destinée du système sanitaire.

Dr Jérôme Marty
Président UFMLS

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