Les chevaliers de Luèfèmel et la sorcière Ramifole (épisode 1)

caroline sendral

caroline sendral Les Chevaliers de Luèfèmel et la sorcière Ramifole 

Un conte politique qui n’a rien d’un conte de fée. 

Note de l’auteur :

Ce texte est un conte, et comme tout conte, il n’est qu’une fiction. Toute ressemblance avec des personnesexistant ou ayant existé serait pure coïncidence.       

 

Il était une fois…

 Il était une fois, dans un pays imaginaire baptisé la Hodanllie, un peuple d’animaux qui vivaient comme des hommes. Des créatures échappées de vieilles légendes y vivaient également.

A poils, à plumes, à écailles, à sang froid, à sang chaud, grandes, moyennes, petites, toutes les espèces animalières formaient la société de Hodanllie dont, en très grand nombre, des pigeons et des vaches à lait.

Les chiens Saint-Bernard, Docteurs en Médecine, étaient les garants de la santé de la population.

Le régime politique de ce pays était une République démocratique où le peuple était souverain. Mais, pour gouverner, celui-ci avait besoin d’un Grand-Chef dont les qualités devaient être particulièrement remarquables. Pour le désigner, une Grande Election se déroulait tous les cinq ans dans toutes les contrées du pays. Plusieurs candidats souhaitant devenir Grand-Chef battaient la campagne et se présentaient devant tous les animaux en leur promettant nombreuses, grandes, belles et bonnes choses. Ces derniers votaient alors1 pour le candidat de leur choix, et celui qui avait reçu la majorité des voix avait remporté la victoire. C’est ainsi que, voulant opter pour un changement enchanteur, les dernières élections avaient nommé à 51% Grand-Chef de la Hodanllie un Porcelet du nom de Fraise des Bois.

Il faut avouer que pour gagner les élections – alors qu’il n’avait pas réussi de grandes choses jusque-là, et que seule la chance d’un événement inattendu lui avait permis d’être candidat – Fraise des Bois derrière son air bon et sa vue basse avait su remarquablement enfumer le bon peuple de la bonne odeur de sa fraise :     « Moi Fraise des Bois, je serai ceci », « Moi Fraise des Bois, je ne serai pas cela », « Moi Fraise des Bois, je ferai ceci », « Moi Fraise des Bois, je ne ferai pas cela »…  

Les mois passèrent, les années aussi, et ses électeurs comprirent – mais un peu tard – que tous ces mots doux et sucrés n’avaient été que mauvais caramels et chocolats provoquant maux aigres et amers aux animaux de Hodanllie.

Le Grand-Chef Fraise des Bois s’était pourtant voulu différent de son prédécesseur Pitbull. Mais, las de se ridiculiser par son inaction, ses paroles qui s’apparentaient à du vent, sa mollesse légendaire et ses maladresses aussi nombreuses que risibles aux quatre coins de l’univers, il voulut se prendre pour un Roi.  IGNARQUE* de formation, Fraise des Bois s’était entouré d’une grande Cour de Lutins Ignarques – quinquas, quadras et même tetras – qui lui étaient fidèles, employaient un vocabulaire qu’il pouvait comprendre et lui renvoyaient une image rassurante.

* Un Ignarque  c’était quoi ? Un Ignarque était un produit d’une prestigieuse Fabrique qui formatait des Hauts Lutins Fonctionnaires pour faire marcher les Administrations de Hodanllie. Ceux-ci s’autoproclamaient “élites du pays“. Ils bénéficiaient de nombreux privilèges et revenus substantiels ponctionnés sur la dîme imposée aux animaux, et ce quelles que soient leurs (non)compétences. L’ “IGNARCHIE“ était donc une sorte d’Aristocratie, une caste technocratique auto-sacrée.

Mais les Ignarques avaient également la fâcheuse frénésie de se lancer en politique pour accéder au pouvoir et gérer le pays. Malheureusement, ils n’avaient jamais travaillé dans le secteur privé et provoquaient – par une ponte effrénée de lois et règlements inutiles – une paralysie des forces vives du pays. Cette gestion calamiteuse n’empêchait pas toutefois leur déplaisante attitude à faire voter des lois qui augmentaient encore davantage leurs privilèges : des privilèges donnés à vie !

C’est ainsi que, malgré ses fausses promesses électorales, Fraise des Bois transforma progressivement la République de Hodanllie en Monarchie… frisant jusqu’à un certain absolu.

(1   … ou s’abstenaient si les candidats ne leur convenaient pas (ce qui était devenu de plus en plus fréquent…)

ramifole La Sorcière Ramifole

En arrivant dans son beau palais de Grand-Chef, Fraise des Bois avait nommé pour le seconder un Sous-Chef appelé “1er Ministre“, lui même secondé d’un certain nombre de Sous-Sous-Chefs appelés “Ministres“, “Ministres délégués“ ou encore “Secrétaires d’Etat“. Parmi ces Sous-Sous-Chefs, avait été nommée une Chouette du nom de Ramifole à la tête du Ministère chargé de la santé de tous les animaux de Hodanllie.

La Chouette Ramifole était une Sorcière qui régna aussitôt dans son palais ministériel en Toute-Reine méchante et autoritaire, aux pratiques dictatoriales, écartant d’un revers d’aile tous conseils avisés qui ne répondaient pas à son idéologie, son dogmatisme, sa doctrine, sa vérité absolue, son obsession pathologique : supprimer à jamais, à l’aide de tous les moyens exterminateurs que ses Hautes fonctions mettaient à sa disposition, la liberté et l’indépendance1 des Saint-Bernard qui soignaient chaque jour dans les villes et campagnes le bon peuple de Hodanllie.

Aveuglée par la haine qu’elle éprouvait à leur égard, elle entreprit d’utiliser à sa guise journaux, télévision et radios de Hodanllie pour discréditer, par une sournoise campagne de communication, l’image de ces Saint-Bernard “libéraux“ auprès de la population. Elle élabora également un stratagème pour masquer son but inavoué dans une réforme machiavélique et drastique, secondée par ses Lutins Technocrates et deux Cerbères – Kate et Bridget – qui partageaient la même idéologie et la même détestation obsessionnelle : tenir étroitement en laisse tous les Saint-Bernard en liberté, les faire marcher au pas cadencé, les asservir à leur guise, les rabaisser au stade d’ordinaires “effecteurs de soins“, les soumettre aux ordres fous et despotiques des nombreuses Gargouilles administratives qui sévissaient dans les quatre coins de Hodanllie : La Haute Autorité des Gargouilles de Santé, les Agences Régionales de Gargouilles de Santé, la Caisse Nationale et ses Caisses Primaires de Gargouilles de Santé, et bien d’autres Chimères terrifiantes.

Toutefois, si le cœur de Ramifole était sec et dur à l’encontre des Saint-Bernard “libéraux“, il en était tout autrement à l’égard des Grands Loups Assur-Mut-Prev qui guettaient au coin du bois le gros marché juteux de la Santé, devant lequel ils salivaient depuis des années. Grâce à leur amitié de longue date avec Fraise des Bois devenu Grand-Chef de Hodanllie et la Sorcière Ramifole devenue Ministre, leurs espérances de pouvoir se l’approprier allaient enfin pouvoir se réaliser…

Par l’odeur alléchés du gros gâteau de la Santé, les Grands Loups Assur-Mut-Prev, aux longues dents acérées, tinrent donc à peu près ce langage : « Puisque Votre Vouloir est de contraindre ces abjects Saint-Bernard encore en liberté à ne prescrire que les indications de vos Gargouilles administratives, pourquoi avoir recours à une laisse quand nous pouvons proposer une chaîne, avec carcan étrangleur financier bien plus astucieux, qui nous permettra de les tenir encore plus serrés par les bourses ? » 

A ces mots, ne contenant plus sa joie, Ramifole leur lâcha le gâteau et concocta avec eux un stratagème d’une fourberie jamais égalée au sein d’une réforme mortifère, savamment camouflée derrière le nom de “Modernisation“ : la Loi RAMIFOLE ! 

(1… que ses prédécesseurs avaient pourtant déjà bien entamées, mais cela ne lui suffisait pas.)

luefemeleLes Chevaliers de Luèfèmel

En Hodanllie, les Saint-Bernard “libéraux“ avaient depuis des décennies des Emissaires chargés de représenter leur belle profession auprès des Gargouilles administratives de la Santé.

Mais un système plein de vilaines malices sévissait dans le monde de ces Gargouilles. Pour que les Emissaires acceptent de signer les conventions et règlements – qui avaient pour funeste dessein d’avoir les Saint-Bernardtoujours plus à leurs bottes – elles leur faisaient miroiter des Carottes appétissantes qu’on appelait “subventions“. C’est ainsi que, si certains Emissaires avaient su faire bloc et résister aux friandises, d’autres plus friands, avaient trahi pendant des années la noble profession de ceux qu’ils étaient censés défendre. De plus en plus coincée dans les mâchoires administratives des Gargouilles, la Médecine dite “libérale“ n’attirait donc plus guère les jeunes Saint-Bernard à s’installer, ce qui avait formé des “déserts médicaux“ dans le pays.

A l’arrivée de la Sorcière Ramifole dans son palais ministériel, certains de ces Emissaires étaient déjà prêts à dégainer le stylo pour signer jusqu’à leur arrêt de mort. Toutefois, d’autres commençaient à ruer dans les brancards. Puisque Ramifole souhaitait faire une Réforme de Santé, quoi de plus logique s’agissant de santé que les Saint-Bernard participent à son élaboration. Mais un obstacle majeur se dressait devant eux : l’indéfectible mépris que Ramifole affichait à leur encontre et ses délires dogmatiques. Résolument sourde à leurs propos, refusant catégoriquement toute proposition n’entrant pas dans son funeste projet, Ramifole était plus sensible à la voix mielleuse de ses bons amis, les Grands Loups Assur-Mut-Prev.

Alors que Ramifole faisait ses petites affaires avec les Grands Loups, et qu’une partie des Saint-Bernard commençait à se résigner, une troupe plus hardie de Saint-Bernard “libéraux“, tous vêtus d’une belle armure, surgirent dans le paysage sous l’emblême des “Chevaliers de Luèfèmel“. Sans peur ni bassesse, ils étaient tous prêts à livrer bataille et à ne pas capituler ! Détestant toutes formes de compromission, ces Chevaliers entreprirent de bousculer les Emissaires pour qu’ils n’acceptent d’aucune manière le collier étrangleur de Ramifole et des Grands Loups. L’audace de leurs propos n’était bien évidemment pas du goût de tous les Emissaires, et encore moins de la Sorcière ministérielle.

 

Considérant que l’atteinte à l’Ethique de leur profession n’avait jamais été aussi grave, les Chevaliers de Luèfèmel refusèrent de perdre leur indépendance intellectuelle de diagnostic et de prescription médicale, dilapidée aux ordres des Gargouilles administratives et des Grands Loups qui s’appuyaient sur des quotas et contraintes exclusivement économiques et financières. Des critères qui seraient malheureusement contraires aux intérêts des animaux de Hodanllie et préjudiciables à leur santé. Réfutant les arguments ministériels et “lupins“ trompeurs de cette Médecine dirigiste et dangereuse, ils entrèrent dans un grand mouvement de Résistance contre la sinistre Loi RAMIFOLE.

De toute part, des Saint-Bernard – de plus en plus nombreux à ne pas vouloir se soumettre – se joignirent à la lutte de ces Chevaliers dont la clairvoyance, l’honnêteté et la volonté courageuse de défendre les valeurs de liberté et d’indépendance de leur noble profession répondaient enfin à leurs attentes. Progressivement, aux quatre coins de Hodanllie, des Saint-Bernard créèrent des groupes actifs de résistance et d’insubordination.

(à suivre …) 

 

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