Rencontre à Laigneville

Isabelle Le Croarer LuckL’UFML (représentée par les Drs Jérôme Marty, son président, Valérie Briole, sa vice-présidente ainsi que Rachida Inaoui et Isabelle Luck) avait donc RV ce 12/07/2017à 14h, avec Christophe Dietrich, Maire de Laigneville, petite commune de l’Oise désertifiée en généralistes comme bon nombre croissant de communes de France. Rappelons que, suite à ses parcours difficiles de recherche d’un médecin pour établir les constats de décès sur sa commune, ce maire s’était payé le culot de publier le 17/05/2017 un arrêté municipal interdisant à ses administrés de mourir à domicile*.

Lors de l’entretien qu’il a accordé à l’UFML et qui a duré plus de 2 heures, Mr le Maire de Laigneville a expliqué que cet arrêté est toujours en cours, malgré les menaces de suspension préfectorale émises lors d’une entrevue avec le préfet de l’Oise. Sa démarche à visée volontairement provocatrice cherchait à réveiller l’administration, et à l’aider à trouver des solutions rapides pour satisfaire aux besoins médicaux des quelques 5000 habitants dont il a la charge et qui ne disposeront bientôt plus, pour cause de départ en retraite sans successeurs, d’aucun des 2 médecins exerçant dans cette ville agréable, en pleine expansion, bien desservie par la garde SNCF à 35km de Paris, et pourvoyeuse d’emplois grâce à une grosse entreprise qu’il a réussi envers et contre tout à maintenir localement. Devant cette désertification médicale, il s’est démené pour monter une maison médicale pour laquelle il offrirait au nouvel installé, le loyer et une secrétaire dans un contexte assez bien organisé selon lui grâce à la présence d’infirmière, diététicienne, ostéopathe, d’un service d’HAD et la proximité de 2 hôpitaux (Creil et Clermont). Malheureusement, le poisson tant espéré ne mord pas, et il n’a reçu qu’une ou deux propositions de jeunes médecins qui lui en demandent encore plus, comme un logement gratuit….

Il a donc rencontré l’UFML pour comprendre les causes de cette pénurie de médecins et de manque d’attractivité dans cette profession. Très attentif au service rendu à ses concitoyens, il est parfaitement conscient de la perspective très proche de catastrophe sanitaire, redoutant de la vivre autrement que par la difficulté à faire constater les décès. Il avait déjà bien potassé le sujet et a posé beaucoup de questions sur ce recul des jeunes devant l’installation libérale en médecine générale et sur leur devenir après les études, sur les risques du TPG…

Il a apparemment découvert certains aspects de la profession : nous lui avons expliqué le numérus clausus, les études difficiles, la charge énorme de travail des internes dans les hôpitaux, le détournement des jeunes de la médecine générale libérale devant la paupérisation de la profession, les honoraires bloqués, la charge croissante de travail, de responsabilités et de contraintes administratives, les problèmes d’accessibilité des locaux, la mise à mal de l’indépendance du médecin libéral par la loi santé et le tiers payant généralisé à venir, le risque 2.4 fois plus important de suicide, le vieillissement de la population médicale qui aspire à sa retraite, le nombre croissant de médecins étrangers et de médecins retraités en activité, la société des 35 heures et les cabinets où travaillent maintenant deux jeunes médecins au lieu d’un auparavant, la fermeture des pharmacies locales faute de médecins… Il a entendu et compris tout cela, nous avons juste dû de nouveau démonter un des poncifs qu’il nous a lui aussi servi, en tant qu’ancien flic (sic), sur la coercition d’installation des médecins à l’image des jeunes policiers qu’on envoie loin de chez eux pour leur premier poste : nous lui avons rappelé qu’un médecin est un libéral et non un fonctionnaire !

Rachida lui a remis le livre « Résiste » de l’UFML. Nul doute que la lecture du récent article ** dans le blog « Cris et chuchotements » pourra également l’éclairer…

Nous nous sommes promis de nous revoir pour ébaucher des solutions, et Jérôme a évoqué quelques pistes comme la régionalisation du concours de l’internant, la sortie de l’ONDAM des enveloppes tarifaires des honoraires médicaux… Pour l’instant, en attendant que sa maison vide trouve un médecin, Mr le Maire semble enthousiasmé par l’abonnement au service de télémédecine que l’urgence du désert lui a fait souscrire pour 400€ par mois, après une démonstration qui lui a été faite en Alsace. Cette solution, puisqu’aucune autre ne s’offre à lui, lui semble tout à fait acceptable. L’UFML a proposé à ce maire dynamique de contacter, pour ses recherches de l’oiseau rare qui pourrait se poser dans le nid aménagé sur Laigneville, le Conseil départemental de l’Ordre des médecins, la faculté de médecine d’Amiens, les URPS Hauts-de-France et il a été invité à l’AG de l’UFML à Collioure le 09/09/2017.

*  20 minutes :  Le Maire de Laigneville interdit aux habitants de décéder à la maison 

** Cris et chuchottements  : cabinet vide  cherche sans succès  junior infatigable 

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