Oui il faudra supprimer la HAS et les ARS

Depuis 30 ans nous avons vu notre médecine ployer sous le poids des réformes des non médecins.

Nous avons vu les médecins faits fauteurs, créateurs de dépenses, la médecine brocardée chère et malfaisante.

Face à une crise endémique, les politiques successives n’ont su trouver la sortie, le chômage, la précarité n’ont cessé d’augmenter et qui que nous soyons nous n’avons connu l’Assurance maladie qu’en déficit. Face à leur incapacité à faire face à la diminution des cotisations, les gouvernements, les uns après les autres ont ciblé les dépenses..

La santé n’avait pas de prix mais elle avait un coût. Les médecins creusaient le trou de la sécu, il fallait agir…

Baisser leur nombre, moins de médecins feraient moins de dépenses, la graine de la pénurie était semée par Gilles Johannet , directeur de l’Assurance maladie… Il trône aujourd’hui en manteau d’hermine à la Cour des Comptes où il dénonce la liberté d’installation des médecins.

Les médecins prescrivaient trop et mal il fallait les encadrer , les syndicats loin de s’élever contre ce tour de bonneteau qui visait à cacher la médiocrité politique, l’accompagnèrent , la CSMF porta ainsi les RMO : les références médicales opposables. La maîtrise médicalisée des dépenses de santé était née… L’encadrement de l’exercice contre quelques subsides, et les premières orientations médicales décidées par l’Assurance maladie…

L’assureur organisateur du soin déjà… En 1996 , Alain Juppé porta les ARH agences régionales d’hospitalisation et l’ONDAM Objectif National des Dépenses d’Assurance Maladie dont la valeur était définie chaque année dans le cadre de la loi de financement de sécurité sociale…

Les médecins, et les soignants étaient exclus des décisions qui présidaient à la définition des bornes de leurs rémunérations et tarifs. ONDAM ou toutes dépenses de l’Assurances maladie étaient définis, ONDAM lié à l’état économique de la sécurité sociale lui même lié à l’état économique et social du pays.

Les tarifs des médecins ne seraient plus vus que comme un coût à socialiser et non comme des honoraires en lien avec l’art médical , le rôle et la responsabilité des praticiens. Le politique avait pris la main … pour longtemps.

Le poids administratif n’allait cesser de s’alourdir . Les ARS succédèrent aux ARH avec toujours plus de pouvoir , il fallait mesurer les pratiques, normer les pratiques, certifier les pratiques…

La qualitayyyy allait naître, la qualitayyy et l’efficience… Faire mieux avec moins…

La santé n’avait pas de prix mais avait un coût . L’ANDEM donna naissance à l’ANAES , l’ANAES à l’HAS…Les curseurs étaient progressivement poussés: plus d’administration, plus d’encadrement. Les syndicats ne disaient rien, accompagnaient. Les tarifs étaient déconnectés des pratiques et après une augmentation tarifaire arrachée à une campagne présidentielle en 2002 … plus rien ou presque… Plutôt que lutter face aux scandales d’une médecine « Des-honorée » les syndicats MGfrance CSMF SML portèrent le Paiement à la performance, qui deviendra ROSP dont les forfaits bloquèrent toutes augmentations tarifaires et lièrent plus encore l’exercice à l’interêt de l’assurance maladie.

Le financeur était devenu plus encore organisateur du soin, et ce conflit d’intérêt permanent avait été construit par les syndicats… En 2012 Marisol Touraine arriva et avec elle la proximité des politiques et des assureurs, avec elle le droit aux mutuelles de ne pas livrer leurs comptes à la nation, le droit aux réseaux de soins, la financiarisation.

La fin du secteur 2 par l’avenant 8 faisait de la perception de justes honoraires un acte de délinquance.

Les patients sont devenus désormais otages de cet avenant puisque leurs remboursements de frais de santé sont différenciés selon le secteur d’exercice, la signature d’un OPTAM et de plus, l’introduction d’un plafond de remboursement par les organismes complémentaires les pénalisant davantage.

La CSMF accompagnait l’avenant 8 qu’elle revendiquait comme son fils spirituel. La loi santé de Marisol Touraine fit de l’état le responsable de la politique de santé, des ARS les relais de l’Etat, responsables de la territorialisation du soin et de l’assurance maladie un organisme chargé de veiller au respect des décisions de l’état. Cette loi suite logique de la loi HPST qui avait introduit la Tarification à l’activité pour les établissements de soins et la mise en place des pôles et donc d’une médecine tournée encore et toujours vers l’économie, était la plus grave des 50 dernières années.

Cette gravité l’UFML l’avait perçue des 2012 , et les années Touraine seront rythmées par l’ascension de la structure associative qui sera à la base de toutes les manifestations et actions contre la loi santé. L’UFML alertera et provoquera les actions , jusqu’au retrait du tiers-payant mesure phare « fin de la médecine libérale, ce qui est une bonne chose d’ailleurs » comme s’exclama Brigitte Dormont …Cette mesure qui si elle était importante n’était pour l’UFML que le chiffon rouge, la muleta de la loi santé.

Le point important , crucial , était l’article 1 et cela seule l’UFML l’avait compris, les autres syndicats n’en parlaient pas …L’article 1 rendait l’état responsable de la politique de santé là ou auparavant l’état était responsable de « l’évaluation » de la politique de santé, le ministère de la santé dès lors , définirait le périmètre des négociations conventionnelles… C’était la négation du paritarisme.

De partenaires les syndicats étaient devenus des faire valoir, allaient ils accepter ? Ils acceptèrent… les syndicats représentatifs ne dirent mots, pire ils signèrent la convention suivante. L’UFML, elle, poursuivit sa lutte jusqu’à faire condamner la présidente de la commission des affaires sociales Catherine Lemorton qui avait insulté la profession et à sortir Marisol Touraine de la politique en allant faire campagne sur son terrain à Loches et en retournant une élection à la députation qu’elle devait gagner. La loi santé annonçait ma santé 2022, elle contenait les GHT, les MSP , Les CPTS, les assistants et le renforcement du pouvoir des ARS… Avec l’élection d’Emmanuel Macron , le dernier élément du tryptique de démolition de la médecine libérale allait être installé. ( HPST, Loi sante, ma sante 2022).

Le 18 septembre 2018 personne d’autre que l’UFML-Syndicat ne dénonça cette loi qui annonçait la fin du paiement à l’acte, comme en 96 ou Alain Juppé fut applaudi debout aux universités d’été de la CSMF, comme en 2012 ou lors de la présentation de la loi santé aucun des syndicats représentatifs ne s’éleva contre le tiers payant annoncé ( mesure demandée par MG France à Marisol Touraine) , les syndicats de médecins tous assis au premier rang face au président de la république ( l’UFML-Syndicat n’était pas invitée, mais fit immédiatement entendre sa différence dès la fin du discours présidentiel en prévenant la presse) applaudirent et pas un ne dénonça l’annonce de la disparition de la « tarification à l’acte en ville comme à l’hôpital d’ici 2022 » …

Les mêmes hommes produisent toujours les mêmes effets , les mêmes échecs… Le paiement à l’épisode de soin, au parcours de soin, les CPTS, les GHT , mêmes briques de construction d’une médecine de ville sous dépendance financière du GHT surencadrée par les ARS , mesurée et certifiée par la HAS, surveillée et pénalisée par l’assurance maladie…

Puis vint la Covid19…

Et toutes les certitudes du monde politico-administratif-syndical, se déchirèrent . Ce monde fait de calculs, d’interêts, d’obéissances et de lâche compromissions soudain n’avait plus prise. Ne comptait plus que le soin, ne restait que le soin… et à cet instant précis, à cet instant où les syndicats auraient du prendre le pas sur le politique , il n’y eut… personne… Ou presque personne hormis l’UFMLS qui dès fin février dénonça sans relâche les manques de masques, la doctrine construite sur les manques, le scientisme remplaçant la science pour justifier la politique sanitaire. La crise sanitaire était là , il fallait parler, hurler parfois, nous l’avons fait, et qu’ils s’agisse des mensonges sur les masques, de la notion d’aérosolisation, du lancement de fabrication de masques , des tests , de la protection des soignants, de la vaccination, des insultes et menaces aux médecins, etc.

L’UFMLS a été là à chaque instant, chaque heure, chaque minute.

Aucune autre structure syndicale ne s’est tant engagée.

Alors que l’administration s’effondrait en un ridicule rien, incapable de faire face à l’inconnu, la médecine s’organisait seule, travaillait seule, ville et hôpital unis pour le soin aux malades. Les ARS étaient devenus de pathétiques producteurs de circulaires que peu lisaient, la HAS un organisme mutique face au manque de masques et à la nosocomialité induite de la covid19. ARS et HAS incapable d’agir ou de faciliter le travail des soignants se refugiaient dans la seule chose qu’elles savaient faire : ralentir les actions… Si je vous dis tout cela ce soir , c’est pour que vous ne vous trompiez pas demain.

La crise de la covid19 se poursuivre et l’UFMLS va continuer inlassablement à agir pour vous , et demain … Demain n’en doutez pas , l’administration, le politique reprendront leur places , les syndicats aussi , et le jeu reprendra… Sauf… Sauf si l’UFMLS prend sa place dans le jeu, et porte vos espoirs, vos désirs, vos volontés.

Il nous appartient de construire une autre médecine.

Il nous appartient de porter une médecine basée sur le soin et non sur l’économie du soin.

Il nous appartient de défendre , de sanctuariser notre indépendance.

Il nous appartient de permettre au médecin de percevoir des honoraires fait de tarifs à hauteur de la moyenne européenne et de liberté tarifaire pour tous.

Il nous appartient de ne plus nous excuser d’être médecins.

Il nous appartient de ne pas faire de demain un éternel recommencement. Nous pouvons le faire, nous devons le faire.

Fronton 6 Février 2h07

Dr Jérome Marty Président UFML

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13 Commentaires
  1. CHOMETTE 7 mois Il y a

    Tout est parfaitement vrai . Hélas !
    On ne peut que louer votre combativité jamais démentie, face à des médecins anesthésiés. Bravo
    J’ajoute seulement que la FMF n’a non plus jamais accepté ces pratiques …trébuchantes mais trop isolée et ayant commis le péché mortel de soutien du secteur 2. resta dans le désert.
    “ne point persévérer est d’un lache” (Vercors)

  2. FINAUD 7 mois Il y a

    Bravo Jérôme Marty !…Un des rares Confrères à défendre encore l’honneur et l’avenir de la Médecine Libre dans ce pays gouverné par l’énarchie administrative politico-assurantielle qui contribue à détruire notre système de santé !…Supprimer les ARS et la HAS, oui , mais aussi revoir la gouvernance de la CNAMTS, la Direction Générale de la Santé et y introduire les soignants…Le soin ne peut se gérer sans la participation des soignants !…

  3. denis saadia 7 mois Il y a

    Mon cher Jérôme, pourquoi ne nous sommes pas connus au début de ce siècle de misères pour la santé Française et ses praticiens. Les infirmiers et les kinésithérapeutes venaient de subir les quotas sans réaction des médecins alors que ces derniers venaient d’avoir une petite augmentation de leurs actes s’en est suivi tous ce qui est retracé dans le texte de présentation. Je suis toujours à l’écoute de votre syndicat qui est pour moi le seul qui soit dans la bonne voie pour redonner à la médecine ces lettres de noblesse.
    Amitiés.

  4. Fry 7 mois Il y a

    30 ans de pratique, d’usure au travail, du trop de médecins au plus de médecins, de bonheur au contact des patients, de solitude et d’incompréhension face aux CPAM, DDASS (dont je fus médecin titulaire pendant 16 ans), ministère, ordre. Libéral en ville(+/- 10 ans), salarié dans le médico-social (18 ans) pour finir PH à l’hôpital avec un burnout et une cessation d’activité en maladie professionnelle…
    Corps médical, où es-tu ? Je ne te reconnais plus, tu es décapité, décérebré, démembré, pire assujetti. Tes doctorats sont des diplômes de chercheurs, tu trouves souvent des solutions à des problèmes complexes, tu te remodèles, tu apprends, tu n’as jamais laissé quiquonque te mettre des œillères ou te tenir le stylo. Tu as un pouvoir inouï que tu as oublié, tu as l’oreille de toute la population. Nous avons les politiciens que nous méritons, ils ne sont rien sans nous, nous sommes beaucoup plus que ce que nous ne donnons à voir, sans eux et ils ne l’ignorent pas.
    Il n’est pas trop tard, il n’est jamais trop tard, pour reprendre en main nos affaires.
    Merci à l’UFML de dire simplement NON à toutes les couleuvres qu’on nous fait avalée depuis trop longtemps et de dire OUI à toutes discussions qui soient centrées sur les besoins sanitaires des individus qui nous demandent à être soignés et respectent la dignité de tous les soignants. Il n’en reste plus assez pour les achever en pleine crise sanitaire.
    Oui, cela passera par une disparition nécessaire des HAS, ARS qui nous font le plus souvent faite leurs boulots (auto-évaluation, rapports, indicateurs…) , et critiquent ensuite quantitativement nos résultats sans la moindre sensibilité qualitative.
    “Une chose n’est pas bonne parce que c’est la loi, mais si une chose est bonne elle doit devenir la loi” (Montesquieu).

  5. BOUSSEMART CHRISTIAN 7 mois Il y a

    J ‘ ai décroché ma plaque a la suite des tracasseries administratives….et le passage du tiers payant généralisé…..
    Touraine décorée de la légion d ‘honneur sous le règne de Macron !

  6. RUNNER 7 mois Il y a

    Malgré l’incompétence manifeste et chronique des économistes du ministère à maitriser les dépenses de santé…ceux ci sont toujours à la barre et leurs “remède” face à ce “gouffre”, consécutif aux baisses continues des cotisations sociales, n’a réussi qu’à altérer gravement la qualité des soins tout en augmentant la cohorte d’administratifs dans les effectifs. Il ne s’agit malheureusement pas d’une maitrise médicalisée des dépenses de santé mais bien d’une maitrise comptable…totalement aveugle et contraire aux principes d’hypocrate.

  7. BELARBI 7 mois Il y a

    Oui je suis d’accord surtout tout cela à créer
    La peur et bien sûr l’incompétence .
    J’enveux les politiques de proximité maires, députés,dé accepter cette catastrophe de GHT
    Et encore
    L’examen du patient de passe devant un ordinateur pendant plus d’une demie heure sans le..!!!??!?

  8. Belarbi 7 mois Il y a

    Oui je suis d’accord de supprimer
    Has et ars

  9. Brigitte Girard 7 mois Il y a

    Laissez les médecins faire leur métier : soulager, soigner, voire guérir, avec la confiance de leurs patients. Hors des dictats industriels.

  10. nguyen 7 mois Il y a

    je suis entièrement d’accord.j’ai fait 13 ans d’études pour me retrouvée “fonctionnaire “d’état cachée alors que ,chirurgien en libérale, subir des réformes, de l’irrespect quotidien,être sous payée pour des actes à haute responsabilité, donc devoir travailler plus pour boucler mes fins de mois…c’est pathétique.j’aime mon métier mais le système actuel va parvenir à m’écoeurer…trop de charges, trop de surveillance, jusqu’à nous retirer notre liberté de soigner et prescrire pour soigner nos patients:et le serment d’hippocrate dans tout ça? depuis que des administratifs gèrent les hôpitaux et la santé, tout part a volo, des lois votés à huit-clos; les médecins sont des pions pour l’état qui s’est pressé d’abattre nos statuts de potentiels décideurs. Ca ne peut plus durer.merci de votre mouvement, c’est important de reprendre les commandes. .comment procéder pour voter pour vous?
    cordialement, dr N

  11. BARO Jean Paul 7 mois Il y a

    Merci pour ce texte si vrai !
    Mais pourquoi le mot “médecine” est-il systématiquement remplacé par le masculin “médecin” ?
    Je précise que je ne suis pas féministe !
    Cordialement.
    Dr JP Baro
    Toulouse?

  12. dr pierre guedj 7 mois Il y a

    activité retraite
    on doit continuer à payer la carmf sans aucun retour ,dr pierre Guedj juste pour avoir le droit de travailler c’est du racket

  13. LINKA André 7 mois Il y a

    Et c’est quand qu’on porte plainte contre notre cher ministre de la santé Mr VÉRAN qui a signé le décret le plus anti-confraternel que je connaisse (en date de 11/2020) qui autorise un directeur de CPAM à déconventionner un médecin pour faute grave. C’est quoi une faute grave? Un bras d’honneur ?
    Que fait le désordre des médecins?
    Dr LINKA MG ISTRES

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