La rupture

Jerome Marty

Jerome MartyJe vous ai beaucoup écrit madame.

Depuis trois ans, vous avez marqué chaque heure, empli mes pensées, nourri mes combats.

Il est des adversaires valeureux que l'on aime combattre, des joutes chevaleresques ou à force d'opposition naît le respect.

J'ai reconnu votre volonté, votre courage et votre opiniâtreté, simples traits de caractère aux services croisés de l'intérêt politique et de l'ambition personnelle.

Jamais en trois ans, et j'ai vécu près de vous madame, je n'ai ressenti de votre part  la moindre empathie, le moindre intérêt pour les médecins, et je vis au milieu d'eux, avec eux chaque jour, portant leurs paroles  et leurs doutes, relayant leurs colères et leurs espoirs. Je suis médecin et de par mes fonctions, je suis en quelque sorte « médecins »…

Vous avez porté une loi qui nie notre modèle sanitaire égalitaire, vous l'avez, je le sais, fait par calcul politique plus que par conviction. La conviction enfante la clarté et souvent convainc l'incrédule, le calcul politique ne laisse pas de place pour l'humain, pas de place pour l'autre, il est outil de clan, il n'use pas de vérité.

Je combats votre loi madame, au côté des soignants, nos valeurs nous l'imposent. Notre éthique, notre déontologie, notre liberté et notre indépendance. Des valeurs au centre de la République, des valeurs profondément liées à l'égalité, à la solidarité, des valeurs renversées par votre loi, remplacées par la rentabilité, l'idéologie collectiviste, le marché.

Je combats votre loi et depuis ce soir 17 novembre, comme mes frères de lutte, je vous combats vous, madame.

J'étais à Paris au moment où la nuit est devenue noire, responsable parmi d'autres du mouvement de grève lancé contre votre loi. J'ai vu ce peuple soignant répondre en un instant à ce qui fait son engagement.

Et nous en étions là.

La violence terroriste imposait à la France l'état d'urgence, l'état d'urgence ses règles parmi lesquelles les restrictions d'opposition.

L'honneur eut voulu au regard de l'immense majorité des soignants engagés contre votre loi que vous la repoussiez.

Mais qu'est-ce que l'honneur face à l'ambition personnelle, l'idéologie, l'intérêt politique ?

Ce mardi 17 novembre vous avez une fois de plus méprisé une majeure partie de la médecine de France et sans jamais répondre aux interrogations légitimes sur l'urgence à voter cette loi, vous avez osé masquer l'absence de réponse par le drame.

La rupture est totale, nous avons fait face dans l'honneur et dans l'honneur nous allons demain vous combattre et vous empêcher d'imposer une loi qui désormais porte le sceau du déshonneur.

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